A

Salah Al Hamdani

"Je ne sais comment exhumer mon cartable d'école
égaré dans les ruines de la guerre
en route vers les saisons du bonheur

Ici, les matins s'ouvrent
sur des jours nus, sans miracles
alors que là-bas chaque miroir est un visage

Ici il faut se lever tôt
là-bas la mort guette les hommes

Ici les matins sont couverts de battements d'oiseaux
là-bas, d'éclatements de corps

Où est l'homme qui sait sourire
et celui qui garde le fruit de la terre? "

Bagdad à ciel ouvert, Editions L'Idée Bleue-Ecrits des Forges


Salah Al Hamdani est né à Bagdad en 1951. Iil s'engage dans l'armée irakienne avant l'âge de 20 ans. Prenant la défense d'enfants kurdes arrêtés et tabassés, il se retrouve en prison où il écrit ses premiers poèmes. Menacé d'assassinat et banni de son pays à sa sortie de prison, il s'exile en France. Devenu auteur et metteur en scène, il a joué dans plusieurs films dont Bagdad on/off. Il a aussi rédigé plusieurs ouvrages en français et en arabe, dont des nouvelles, des récits et des poèmes. Il vient de publier Bagdad mon amour aux éditions Ecrits des Forges (Québec) et L'Idée Bleue (France).
« La poésie de Hamdani touche parce qu'il y a une grande force de vérité dans cette langue directe, et d'autant plus efficace que souvent de fortes images en subvertissent l'apparente simplicité : lorsqu'il s'adresse par exemple à ses enfants, ou lorsqu'il évoque, si souvent, sa mère âgée et « l'esprit en dérive» ; lorsqu'il invoque Bagdad comme l'être de chair qu'il aime ; ou encore dans les nombreux poèmes en hommage aux morts, aux résistants, aux sacrifiés. »
Jean-Marie Barnaud, « Remue.net »

Maram Al Masri

"Les femmes comme moi
Endurent les coups
Et ne savent pas les rendre.
Elles tremblent de colère
Réprimée.
Comme des lionnes en cage
Les femmes comme moi
Rêvent
De liberté."

Cerise rouge sur un carrelage blanc


Maram al-Masri est née à Lattaquié en Syrie, rive de la Méditerrannée située à vingt milles marins de l’île de Cypris. Après des études de littérature anglaise à Damas, où le recueil Je te menace d’une Colombe blanche paraît en 1984, elle quitte sa terre natale pour s’installer à Paris.
Son second recueil, Cerise rouge sur un carrelage blanc est publié à Tunis et sa poésie est alors saluée par la critique des pays arabes puis traduite dans de nombreuses langues (allemand, anglais, italien, espagnol, serbe, corse ou encore turc).
En 2003, les éditions PHI font paraître une traduction française de ce second recueil, puis les éditions Al Manar éditent Je te Regarde, qui obtient le prix de poésie de la SGDL (Société des Gens de Lettres).
Depuis quelques années, Maram Al Masri se consacre exclusivement à l'écriture et à la poésie et participe à de nombreux festivals internationaux de poésie en France et à l'étranger . Elle écrit et lit ses poèmes en arabe


« Sa poésie est singulièrement attachante, dépouillée à l’estrême. Rien d’ostentatoire, peu d’images, mais le tracé net et le délié de l’émoi, la gravité d’une caresse, la légèreté d’une source. » (Lionel Ray)

Maram Al Masri, en résidence à la Maison de la Poésie, octobre, novembre 2008

 


 

Le retour de Wallada a été écrit durant la résidence d'automne 2008 à la Villa Beauséjour

Lecture du livre écrit en résidence, mai 2010


Moi reine de ce lieu
Je reviens sans couronne
Sultane sans sceptre
Esclave couronnée de jasmin damascène

Je danse et je chante


 

Ana Luisa Amaral

"Visitations
ou le poème qui se croit apprivoisé

Tout doucement, elle est entrée, ma fille.
L'aube est entrée avec elle, mais avec
moins de douceur. Nu-pieds,
elle faisait moins de bruit que mon crayon,
son rire était plus éclatant que celui de mes vers.

Tout doucement, elle s'est assise sur mes genoux.
Le poème entrait avec elle mais pas
avec autant de douceur, pas avec cette sereine
exigence. Comme un voleur discret,
ma fille m'a volé l'inspiration,
ces vers presque nés, presque miens.

Et elle s'est endormie ici, paisiblement,
heureuse de son crime."

18+1 poètes contemporains de langue portugaise, Institut Camoes/Chandeigne

photo Garça Sarsfield


Ana Luisa Amaral est née à Lisbonne en 1956. Après une thèse sur Emily Dickinson, elle a publié de nombreux essais de littérature comparée et enseigne aujourd’hui la littérature anglaise et américaine à Porto, après avoir passé deux années à Brown University. Ses textes poétiques, recueillis en cinq ouvrages publiés au cours des dix dernières années, révèlent une préoccupation pour la vie intérieure et la condition féminine, exprimée en vers.
-" 18 + 1 poètes contemporains de langue portugaise ", anthologie bilingue traduite par Isabel Meyrelles, Michel Riaudel et Annick Moreau, Marcel Chandeigne, 2000.
-" Images ", traduit par Catherine Dumas, Vallongues, 2000.

Bernard Ascal

"...Exempté de sac à dos et néanmoins souffle coupé, non par la beauté du paysage, mais par le manque d’oxygène. Je m’entraîne à suffoquer.
Excellent pour le reste de l’année : impôts, feux rouges, amendes, contrôles, vapeurs d’oxyde et vexations diversifiées.

…/…

Dans les pays les plus riches du monde, ceux qui se développent à mesure que les autres sombrent dans un dénuement endémique, la fatigue physique est devenue une denrée génératrice de profits.
La fatigue : nouvelle quête, nouveau créneau de vente, nouveau pèlerinage.

Les sociétés occidentales ne procurent plus à leurs populations les doses indispensables de Fatigue-Travail, aussi leur inoculent-elles des substituts de Fatigue-Loisirs. Divertissements à la chaîne. Pointage aux trois-huit ludiques

Un cul de sac dans le ciel , editions Rhubarbe 2009


Familier des chemins de traverse et les revendiquant, Bernard Ascal a toujours développé une pratique quotidienne de la musique, de l’écriture et de la peinture.
Cette dernière, présentant de fortes connivences avec le surréalisme et le pop- art, fut longtemps son activité sociale dominante.
Auteur de poèmes, de nouvelles et de chansons de sensibilité libertaire dans lesquels l’humour le dispute à la noirceur, il a créé de nombreux spectacles sur les scènes du réseau alternatif parisien.
Compositeur et interprète, Bernard Ascal mène, par des récitals et des enregistrements, tant en France qu’à l’étranger, un travail de mise en musique des poètes d’expression française du XXe siècle et contemporains. Il porte une attention particulière aux auteurs surréalites — de Benjamin Péret à Joyce Mansour — ainsi qu’à ceux de l’Afrique et des Antilles — de Léon Gontran Damas à Abdellatif Laâbi. Il a fait paraître, en 2008, sous la forme d’un oratorio, sa version du Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire.
Bernard Ascal est aussi le directeur artistique de la collection d’enregistrements sonores “ Poètes & Chansons” chez EPM.

Poéthèque du Printemps des Poètes

Françoise Ascal

 

"faut-il me jeter tête en avant dans votre toile en feu?
Choisir la plus rouge, la plus incandescente, la plus haute?
Traverser des parois de coquelicots des gorges de salamandres
des pépins de grenades des gouttes de sang frais?
Devenir torche ou tornade?

Qu'enfin tombe en cendres le trop qui m'entrave.
Qu'enfin s'ouvre l'au-delà caché derrière l'iris.

Approcher, ne serait-ce que d'une largeur de paume, la calme
vibration de ce qui brûle, là-bas derrière les pigments, dans un
tout près insaisissable, dans un sans-cesse habité par la joie ­
oui, la joie, je veux le croire."


Rouge Rothko, Editions Apogée

 

 


Françoise Ascal est née en 1944. Elle vit dans un village de Seine et Marne. Elle a longtemps animé des ateliers d’expression plastique en milieu hospitalier et assuré des formations en art-thérapie. A travers différentes formes (poèmes, récits, notes de journal, livres d’artistes) ses textes interrogent la mémoire, croisent l’intime et le collectif, dans le souci de se confronter, selon les mots de Pavèse, au “métier de vivre”.

poezibao, remue.net

Polyphonies de mars 2012
Sonothèque

 

Edith Azam

Je suis une illusion.

Votre belle illusion, c’est moi.

La part de vous qu’il manque,

Le vide que vous ne pouvez pas combler,

Je suis le vide qui vous happe,

Je suis que je n’existe pas.

Proche de vous, tellement proche : Que ce n’est rien.

J’échappe de mon corps, l’irréel me construit.

Son site: Phasme

Edith Azam sur Lieux-dits

dossier pédagogique


Editions Atelier de l'agneau

EDITH AZAM
qui journal fait voyage


Je ne veux pas exister
Je ne peux pas exister
Je n'existe :
absolument pas

Je n'existe pas
c'est l'espace
Je n'existe pas
c'est la voix
Votre regard m'invente un corps
c'est votre regard qui m'existe

Je n'existe pas sauf :
dans la rencontre
Elle ne dépend pas que de moi
et ce n'est pas moi alors
mais la rencontre

C'est l'espace qui vibre à ma place
Les yeux créent le mouvement :
Mais je n'existe pas
ne peux et ne veux pas
J'admets ma révolte
ma désespérance
mais ne veux exister :
que ma disparition -


Edith Azam est née en 1973. Elle a fait des études de lettres modernes et de sciences de l'éducation. Elle abandonne très vite l'enseignement pour se consacrer à l'écriture et faire des lectures publiques. Elle est soutenue dans son travail par Julien Blaine et Charles Pennequin, ainsi que par Laurent Cauwet (éditions Al Dante). Elle travaille souvent en binôme, essentiellement d'écriture (avec Sophie Namer et Victor Mocci-Mazy ou avec Charles Pennequin), mais aussi avec la chorégraphe Muriel Piqué.
Elle a publi é plusieurs livres, notamment : Létika Klinic (éditions Dernier Télégramme), Thiphasme et phasme (éditions Inventaire/ Invention), Amor barricade amor (éditions Atelier de l'agneau) et Rupture (éditions Dernier Télégramme).
« Faut voir et entendre Edith Azam lire ses textes pour saisir tout ce qu'il y a de juste dans son approche absolument naturelle du texte, de la voix et du corps, une seule personne, une totale unité, le révélateur de soi-même à soi sans fin, personne devient cette personne, celle-là, toute de fragilité, apeurée mais rapide comme un écureuil, légère comme un oiseau, solide comme la mer qui jamais ne s'arrête, comme une fille qui n'aime pas qu'on lui coupe la parole. "
Claude Chambard, préface à Létika Klinic, éditions Dernier Télégramme


"NB : Il ne m’est pas très facile de décrire ce qu’il se passe dans mes textes. Je vois probablement les choses de façon déformée. Ce qu’il y a de certain : ce qui se passe doit se passer dans l’écriture, le lecteur doit être tenu par un souffle, une intensité, bien plus que la narration : une voix. Aussi, la mécanique textuelle, ne peut me satisfaire : à chaque texte une rythmique traduisant une fulgurance, une tension, et explorant une émotion : et c’est toujours cette dernière qui est le point Origine, le lieu à explorer.
Enfin… c’est ce que je voudrais parvenir à faire…"


Explosion, et le rouge, et le cri:
Percent jusqu'à l'os-
Extrémité de la pensée:
La compression immobilise-
Aux éraflures du regard:
Les contenus sont manifestes-

Les nerfs-
Les nerfs se brisent: Foudroyant-
Les nerfs, Jusqu'au néant, se fracassent-

Un cormoran-
Un cormoran-
Lève la gueule-
Coutèle à vif-

Et les intensités: Bouleversent-

Rupture. Ed Dernier Télégramme