B

Joël Bastard

"Entre deux livres nous sommes au vent. À l'enterrement de ceux qui n'écouteront plus le dialogue incertain de la pluie et de la rivière. Nous sommes au temps qui demeure un point d'interrogation sur l'aile d un oiseau qui fond au silence de l'horizon."

Entre deux livres - Editions Folle Avoine


Livre écrit en résidence à la Maison de la Poésie

Décembre 2013


 

"Nous transportons le monde d'un endroit l'autre. Le souffle. La matière. le dôme des paroles respirables. C'est le paysage que nous rendons chaque jour à la vie. La somme naturelle. Nous transportons le monde. d'un endroit l'autre seulement le poids de notre corps."

 

"Les nuits d'été, il y a comme un bruit d'eau à l'intérieur des arbres. Comme un transfert de fraîcheur qui profiterait de l'obscurité pour passer d'un instant à l'autre."

Au dire des pas . Ed. Le dé bleu-L'idée bleue

Joël Bastard, en résidence à la Maison de la Poésie, mai, juin 2010

 

Rencontres à la Villa Beauséjour sur Radio univers.fm


Joël Bastard est né en 1955 à Versailles et vit aujourd'hui dans les Monts Jura. Poète, romancier et auteur dramatique, il se consacre depuis 2000 uniquement à l’écriture, du moins il essaie. En proposant des lectures et en animant des ateliers d’écriture, poésie et théâtre.(Printemps des Poètes )

Le site de Joël Bastard

Dossier pédagogique: Joël Bastard, la poésie apprivoisée (Nathalie Rannou) . Joël Bastard sera en Résidence à la Villa Beauséjour de Rennes du 3 mai au 5juin 2010

Et aussi, sur lieux-dits et Poiésis à Châteaubriant


En partage....
Denis Heudré

Hier soir, les feuilles du marronnier dansaient à Beauséjour. Et la glycine nous accueillait d’un parfum de bienvenue. L’invité était Joël Bastard, poète de la « patience du sol », de cette « langue forestière » qui « arrondit les angles de sa mousse épaisse ». Lui, le jurassien habitué aux marches solitaires dans les chemins d’humus. Terreau d’une poésie reconnue par les plus grands éditeurs. Lui le poète du « dire des pas », au delà des souffles (« pour dire, il faut être au-delà du souffle »), au-delà des proses (« au tranchant du poème se coupe la prose »).

Il aurait pu être ambassadeur de sa région, mais le jurassien sait aussi se faire corse, sur les rives de la Casaluna, petite rivière à truite et à poèmes. Quand « les pieds nus dans le silence des éboulis », « une truite maintenant éclairée sur la berge », le pécheur se fait poète ou bien l’inverse.

L’animal n’est jamais loin dans ses recueils. Comme un chasseur de lynx, il traque la moindre image, indice d’un poème à venir. C’est certain, l’homme qui sait nommer ainsi les choses, les herbes, les insectes en sait sûrement plus sur l’Homme.

Joël Bastard écrit aussi la ville. La ville dépeinte de la même manière que la campagne, en marchant et observant. A Montréal par exemple, les visages rencontrés remplacent les arbres.

Alors hier soir, à Beauséjour, un peu campagne, un peu ville, les étourneaux picoraient dans l’herbe. Puis s’approchaient à petits pas pressés d’une chaise laissée là par le poète tout à l’heure. Oiseaux pressés, bien qu’en terre de poésie, curieuse image. Le canal nous offrait une belle soirée de mai, la poésie en plus.

http://www.myspace.com/denisheudre

http://dheudre.over-blog.com/ <http://dheudre.over-blog.com/pages/mes_recueils-176442.html>


Rochefort-sur-Loire, juillet 2008


Michaël Battala

 

J'écris le mot paysage
je regarde le mot paysage
j'écris le mot maintenant
j'ai trouvé le nom de ce que je vois
je vois un paysage maintenant

paysages maintenant. JM Place, 2007

 

 


Michaël Batalla est né en 1971. Il a publié « Autour/Around », avec le photographe Benoît Fougeirol (coll. d’ici-là, éd. VMCF, 2010) ; « Poèmes paysages maintenant » (éd. Jean-Michel Place, 2002) ; « Il vient » (éd. le Clou dans le fer, 2002). Une part importante de sa poésie a été publiée en revues spécialisées, Po&sieMIRL’étrangèreBoudoir & autres. Il a réalisé quelques œuvres poétiques in situ, notamment pour la Cité des Sciences et de l’Industrie ou le Musée de Sérignan. Co-fondateur des éditions le Clou dans le fer, il y dirige la collection Expériences poétiques.

            Autour/Around, VMCF, 2010
            Poèmes paysages maintenant, Jean-Michel Place, 2007
            Il vient, Le Clou dans le fer, 2002 (rééd. 2005)

Maison de la Poésie : Polyphonies 2011


JEAN-CHRISTOPHE BELLEVEAUX

 

Ambarita
et communion avec le visage du monde: on recourt parfois à des choses simples comme un paysage de bananiers, des rizières aux couleurs tendres, et c'est une respiration quiète cette reconnaissance dans l'altérité, un sentiment rassurant d'appartenance

Dans l'espace étroit du monde. Editions Wigwam

JC Belleveaux , résidence de printemps 2012 à la Maison de la Poésie de Rennes

sonothèque : carte blanche avec Frédéric Borsei

le blog du résident


Jean-Christophe Belleveaux est né dans la Nièvre en 1958 de racines nivernaises et polonaises. Il fait des études de lettres à Dijon et apprend la langue thaï à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales à Paris.
Il a animé la revue Comme ça et Autrement durant sept années.
Grand voyageur, notamment en Asie où il répète des séjours de deux semaines à six mois, il s'est éloigné de l'enseignement et s'essaie à une plus grande disponibilité pour une existence en poésie.



Jean-Christophe Belleveaux, Roger Lahu, Bernard Bretonnière. Marché de la Poésie Rochefort-sur-Loire

Jean-Christophe Belleveaux par Roger Lahu

"(...) La Terre est ronde, lit-on aussi dans les dictionnaires, Belleveaux ne cesse de la sillonner. (...) Mais qu'on ne cherche pas chez lui une quelconque sagesse/pose de grand voyageur (« toujours le même piège qu'on ne sait déjouer/4200km de Mekong/quelques litres de sang »). Et puis la réalité du monde n'est pas forcément aux antipodes (« je suis tenté d'y croire à la réalité/quand je vois les vaches/dans le champ d'à côté »). Tout juste, sent-elle plus fort, la réalité, quand on la renifle sous d'autres latitudes, mais ces odeurs plus vives peuvent être fallacieuses (« jardin exotique pour
sentir/combien je suis au monds/plus je suis étranger »
)
(...)
Le voyage dans le temps n'apporte pas plus de réponses que l'errance dans le vaste Espace monde. Tout juste peut-on remarquer en souriant (jaune), que les « mocassins blancs » qu'on traînait autrefois « en Thaïlande, dans les îles » aujourd'hui on va « dans le jardin avec ces mocassins pour arroser »"
Roger Lahu, préface à La Quadrature du Cercle


Bibliographie


Episode premier, Raphaël De Surtis, 2011
CHS, Contre Allées, 2010
Machine Gun, Potentille, 2009
La Fragilité des pivoines, Les Arêtes, 2008
La quadrature du cercle, Les Carnets du dessert de Lune, 2006
Géométries de l'inquiétude (nouvelles), Ed. Rafaël de Surtis, 1999 Dans l'espace étroit du monde, Wigwam, 1999
Poussière des longitudes, terminus, Ed. Rafaël de Surtis, 1999
Le fruit cueilli, Pré Carré, 1998

 

Dossier pédagogique

Sereine Berlottier

Fragment arraché au petit carnet
japonais une preuve : nuages bleus
traversés d’éclairs blancs, yesterday at
6.20, today maximum weather and
clouds on n’en saura rien.

Un homme sous l’arbre. Un homme
fume et boit une bière. Un homme
écrit. Son visage semble jeune. Sa
main bouge mais sa bouche
demeure invisible.

ainsi dans le ciel gris.

L’écran nacré de la moustiquaire.

Déchiré, décollé. S. dit : douce-
ment. Réfléchis.


Sereine Berlottier, extrait de « Chao Praya ». La rivière échappée, Apogée, 2007

 


 

Née en 1971, Sereine Berlottier réside en région parisienne et travaille à Paris. Elle a publié Nu précipité dans le vide (éditions Fayard, 2006), Chao Praya (La rivière échappée, Apogée, 2007), Ferroviaires et Décrochage, (2008 & 2009) chez Publie.net, ainsi que dans différentes revues (notamment Triages, Le Nouveau Recueil, Po&sie, D'ici là, Gare maritime, Exit, N4728, Ce qui secret…). A paraître, aux éditions Argol en février 2011 : Attente, partition.

Attente, partition, éditions Argol, à paraître en février 2011
Chao Praya, coll. La rivière échappée, Apogée, 2007
Nu précipité dans le vide, éditions Fayard, 2006

Maison de la Poésie : Polyphonies 2011

Patrick Beurard-Valdoye

« L’enfer d’Armor est fait d’eau froide / jusqu’à ras bords »

L'Europe en capsaille, Editions Al Dante

photo Maison de la Poésie de Namur


L'Europe en capsaille a été écrit durant la résidence de printemps 2005 à la Villa Beauséjour

"Il fallait l’exigence souple mais ferme et le minutieux travail d’archiviste de Patrick Beurard-Valdoye pour réussir à embarquer à bord d’un même poème trois hommes que rien, à priori, ne destinait à se rencontrer. Il y a là le poète Saint-Pol Roux, l’artiste kurt Schwitters et le capitaine de pêche Hyppolite Celton. Le premier scrute l’océan tandis que les deux autres se croisent (l’un à bord du vapeur Monte Rosa parti d’Allemagne et l’autre à la barre du Paul Déroulède rentrant au port les cales pleines de maquereaux) quelque part au large de l’île de Ouessant.

« À la tombée du jour Schwitters
distinguait les formes récives sombres
d’Ouessant son contrefort Keller
aux allures de château en ruine
- qui voit Ouessant voit son sang -
il devinait le goulet de Brest
où la côte s’interrompait
éteinte d’épais nuages. »

Au même moment, Monsieur Saint-Pol, « juché sur l’étroite plateforme de la Salle verte », fixe les vagues tandis qu’au large, brinqueballé par les sautes d’humeur d’une mer de plus en plus agitée, Hyppolite Celton rejoint « sur le gaillard arrière Etienne Guillerme dit l’Affreux ».

Un match de football France-Allemagne s’est joué ce même dimanche. Celui-ci s’est terminé par un score nul. Sur les bateaux, certains passagers en ont eu vent mais la plupart ont d’autres soucis. Tous savent que la tempête est inévitable. Celle-ci, uniquement décidée par les éléments, mais également l’autre, celle qui se prépare de l’autre côté du Rhin (nous sommes en mars 1933) et qui ne peut que faire chavirer l’Europe en la menant droit au naufrage (ce qui, en vocabulaire marin, se dit capsaille).

On connait la dextérité avec laquelle Patrick Beurard-Valdoye réussit à rendre évidents les liens qui relient histoire, géographie et toponymie. Il s’y adonne une fois de plus avec force. On sait aussi combien la présence de Schwitterss’immisce, avec bonheur, dans son parcours. On la retrouve à nouveau dans L’Europe en capsaille (éd. Al Dante).
Variant les angles d’attaque, il parvient à transposer son texte là où se trouvent, alternativement, les trois personnages réels à qui il redonne vie. Se référant au lexique marin, il réussit, de plus, à insufler à ce long poème narratif un mouvement de fond qui a à voir avec le ressac et l’étrangeté des eaux barattées par des invisibles à l’oeuvre dans les nombreuses crevasses de l’Iroise...

« alors que la barque noire rôdant
autour des récifs s’était révélée
effectuant son commerce
à travers le fameux passage ouest
qui mène au-delà du sommeil sans nuit »

Beurard-Valdoye, embarquant sur un chalutier (lors de sa résidence à la maison de la poésie de Rennes où cet ensemble fut écrit) ou compulsant des archives, dossiers, coupures de presse, ou revisitant une énième fois le grand oeuvre Schwitters, poursuit inlassablement sa route vers une île flottante qu’il repère, à quelques encablures des phares du Stiff ou de Créac’h, dans ce couloir étroit qui reste le plus dangereux de l’Atlantique Nord."

Jacques Josse. Mars 2006

Albert Bensoussan

"Eli-yé-liya-hou, Éli-yé-liya-hou, chantonnait maman en s’activant sur la véranda et quêtant la lumière à la méridienne. Elle avait une voix aiguë et chevrotante, tournée vers le grand âge, mais elle savait aussi, en s’émouvant, enfler sa gorge et roucouler de jeunes notes en une frémissante vibration qui est restée à mon oreille comme une sonorité unique. De même ai-je conservé au fond des sinus et jusqu’aux portes du cerveau l’odeur de sa peau, moitié sel et moitié poivre, et moitié épices dont elle usait pour la cuisine : kemoun, keurkeub, skin-djebir, lkirfa… : il est vrai qu’elle en avait respiré des sacs entiers dans l’épicerie de son père, Si-Messaoud, à Remchi (qui fut, un temps, Montagnac), et lorsque nous descendions du tramway place du Gouvernement, au lieu de remonter directement les ruelles ― rues Saint-Vincent de Paul et Boutin, rues du Lézard et Bénachère ― qui nous haussaient jusqu’à la place Randon où étaient le marché et notre synagogue, elle nous faisait traverser la place face à la Régence et contourner le cheval du Duc d’Orléans afin d’aller nous pencher sur la rampe, face à l’immuable darse, et emplir nos poumons pour moitié de la brise salée du large, et pour moitié, sous notre nez, de toutes les épices des sacs entassés aux vastes porches de la pêcherie."

Dans la Véranda, Ed. Al Manar


Né en 1935 à Alger, Albert Bensoussan est romancier, traducteur et universitaire rennais.
Agrégé d'espagnol, il a enseigné à Alger, puis en France, à la Sorbonne, et à l'université de Rennes II de 1978 à 1995.
Traducteur de divers auteurs espagnols et sud-américains, dont Mario Vargas Llosa, Albert Bensoussan est également l'auteur d'une oeuvre protéiforme. L'Algérie apparaît à plusieurs reprises dans son oeuvre, en particulier l'univers judéo-arabe qui sert de toile fond à la plupart de ses romans.

« Mon itinéraire est le suivant : né à Alger en 1935 dans une famille traditionnelle enracinée en Algérie, avec une ascendance marocaine, et plus lointainement espagnole (Tolède serait le berceau ancestral, mais mes 2 patronymes - Bensoussan et Benayoun - sont également attestés au XIVe siècle à Majorque), j'ai vécu une enfance heureuse et pieuse, où le temps se partageait harmonieusement entre un judaïsme quotidiennement vécu au sein de la famille et à la synagogue, et une adhésion à la culture française passionnément entretenue par l'école et l'université. Mes études ont été jalonnées par une agrégation d'espagnol, un doctorat d'études ibériques et un doctorat ès-Lettres. Ma carrière s'est déroulée successivement aux universités de Paris-Sorbonne et de Rennes. Parallèlement j'ai commencé à écrire et à publier : mon premier texte fut publié par le Congrès Juif Mondial à Alger en 1957 : L'humanisme dans la pensée juive médiévale. Mais mon premier texte de fiction paraît seulement en 1965, Les Bagnoulis (Mercure de France) et raconte, sous la fable, le naufrage de l'Algérie française. J'ai publié, depuis, une bonne vingtaine de fictions, dont Frimaldjezar qui a obtenu en 1976 le " Prix de l'Afrique méditerranéenne " et qui a été traduit et publié en espagnol sous le titre Argelayer . »


mercredi 17 décembre 2008, Hôtel de Ville de Rennes

Albert Bensoussan était récompensé pour l'ouvrage Dans la Véranda (Editions Al Manar) et pour l'ensemble de son oeuvre en compagnie de Jacques Josse qui recevait le Prix de l’Association des Ecrivains de l’Ouest pour son ouvrage Lisières paru chez Apogée.

 

 


photo Poezibao

Yves Bonnefoy

"Ne cesse pas, voix proche, il fait jour encore,
Si belle est même la lumière, comme jamais.
Reviens dehors, petite vie dansante. Si le désir
De chanter, même seule, t'enveloppe.

Vois, tu as sur le sable assez de lumière
Pour jouer avec l'ombre de ton corps
Et même, sans plus craindre, offrir tes mains
Au rire qui s'enténèbre dans les arbres."
      

Les planches courbes, Poésie/Gallimard



"De l'univers inaugural encore traversé par l'affrontement
tel que décrit dans Du Mouvement et de l'immobilité de Douve
-premier recueil paru en 1953-
à ce monde des retrouvailles qui transparaît dans Les Planches courbes
un texte paru en 2001 où l'enfance réassure
la "présence": plus d'un demi-siècle d'une poésie
exigeante nourrie d'une réflexion critique et philosophique.
Yves Bonnefoy a traduit, avec Albert Béguin,
le texte de Chrétien de Troyes, La Quête du Saint Graal,
et a enrichi sa première oeuvre de cette "matière de Bretagne"
mais également sa réflexion récente dans
l'Attrait des romans bretons, paru en 2000."

Yvon Inizan


Yves Bonnefoy est né en 1923 à Tours (Indre-et-Loire). Son père était employé aux chemins de fer et sa mère était institutrice. Yves Bonnefoy a d'abord fait des études de mathématiques, puis a étudié l'histoire des sciences et la philosophie.

En 1953, il publie le recueil Du Mouvement et de l'immobilité de Douve puis, en 1958, Hier régnant désert, Pierre écrite en 1965 et Dans le leurre du seuil en 1975. Dès 1951, Bonnefoy traduit les textes de Shakespeare (La Tempête, Jules César, Antoine et Cléopâtre, etc.). 1987 est l'année de publication de Ce qui fut sans lumière, recueil suivi de Début et fin de la neige en 1991 et La Vie errante en 1993. Il publie par ailleurs, en 1970, Rome 1630, un ouvrage sur la naissance de l'art baroque.

Yves Bonnefoy a été professeur d'université et il est élu en 1981 au Collège de France à la chaire d'études comparées de la fonction poétique.

Poezibao

Olivier Bourdelier


" Deux trois fois j'aidai à bêcher
mon père entre autres fossoyeur

de quoi parler des fleurs
en plastique dur des fleurs
bouffées des bestioles de l'eau
de la fontaine de fonte

le pendant d'oreille trouvé
qui luit dans la terre noire
mon aimée avec horreur
a refusé d'y toucher."

Eugène les monstres, Editions Tarabuste


"Comme il l’affirme lui-même, ses poèmes sont des fulgurances ruminées. Quelque chose (ou bien quelqu’un, au lecteur de se faire une idée) ricane dans cette poésie («je suis barbare qui vacille/entre deux haies de rire pourpre/la route se tord comme un fouet»), et se balade aux abords de la colère, dirait-on, venu d’un mauvais rêve ou d’une mauvaise somme de souvenirs ou d’un mauvais pli... Alors fantômes et monstres sans haine ? Dont la présence rend nerveux le poème, et qui en de vers courts et, nerveux, tancent l’homme qui écrit, leur propre inventeur. On peut supposer qu’ils arrivent de loin, qu’on trouvera dans l’enfance leur naissance («Dans les pages du grand dictionnaire/couché dans la chambre de ton frère/petite fille as-tu vu le loup») : le poète Olivier Bourdelier vit dans la compagnie des monstres."
Jean-Pascal Dubost

 

Lionel Bourg

« Rien n’est plus agréable (…) qu’une promenade nonchalante au cours de laquelle, près d’un fleuve ou d’un canal qui lui même paraisse à l’ombre des saules, tout concourt au plaisir, les arbres, les premiers, dont les froissements d’étoffes cousues entre les branches participent à plus indistincte rumeur (…) les galets, ensuite, que l’on ramasse ou foule du pied, dribblant des fantômes, le vent, la pluie quand elle ruisselle sur les visages et ces brindilles, ces minuscules squelettes d’heures qui s’entrechoquent cependant que l’on murmure un prénom : Sylvie, Adrienne, Angélique, Emerance, Aurélia (…) »


Le Chemin des écluses, éditions Folle Avoine


Le Chemin des écluses, suivi de Gueules de fort, a été écrit durant la résidence de printemps 2007 à la Villa Beauséjour.


"Invité à la Villa Beauséjour (Maison de la Poésie de Rennes) durant les mois d'avril et mai 2007, Lionel Bourg s'est emparé du mot « résidence » avec aplomb.Il l'a bien calé dans sa tête, l'a fait bouger à sa façon en le laissant travailler en douceur, dans le studio aménagé à l'étage, avec vue plongeante sur le parc (où des enfants, il y a quelques décennies encore, s'égaillaient sans doute) puis sur l'eau grise (ou verte) qui file en rencontrer une autre, tout aussi sombre, aux abords du centre ville. C'est dans ce havre qu'il a jeté l'ancre, décidant d'y rester soixante jours d'affilée et de noter, d'annoter, au fil de son séjour au bord du canal, tout ce qu'il ramènerait de ses nombreuses balades, escapades, virées, découvertes et rencontres alentour.
( ... )

Au total, quatre-vingt kilomètres« d'eaux captives» s'en vont ainsi rejoindre la Manche après passage obligé (et parfois mouvementé) des 48 écluses. Un fil que l'on peut suivre pour aller à la rencontre de paysages inconnus. On peut également s'en écarter ... Lionel Bourg ne va d'ailleurs pas s'en priver. Il aime trop les imprévus, les intervalles, les brisures, les brusques envies d'aller voir ce qui se trame à côté, à quelques encablures, sur l'autre versant du talus d'en face pour se maintenir (en pilotage automatique) sur une route trop balisée.

S'il y a Le Chemin des écluses, il y a aussi, pêle-mêle, à portée de main et de regard, présents dans les parages, le Nouveau-né de Georges de La Tour au musée, l'ombre de Léo Ferré à l'anse Du Guesclin ou celle de l'abbé Fourré sur les rochers de Rotheneuf. Il y a Châteaubriand gisant de tout son long au Grand Bé. Il y a les poèmes du trop méconnu Gilles Fournel en embuscade et les Gueules de Fort d'Elice Meng à voir à Saint-Père. Sans oublier Cancale, Dinan, Combourg, Brocéliande ... Il faut vite multiplier les rencontres. A chaque fois s'approcher, toucher, découvrir, s'émouvoir. y mettre son corps, son être, sa mémoire, ses lectures. Donner autant que l'on reçoit. C'est ce que fait Lionel Bourg dans ces pages où, prenant ses " aises avec le tracé du canal ", il réussit à contourner les écluses (et bien d'autres obstacles: abandonnant ici un "affreux crucifix ", s'insurgeant là contre le manque de respect des livres dont font preuve certains vendeurs officiant à Bécherel) pour aller, résolument, avec force ou nonchalance, vers ce qui vit, souffle, ouvre et incite au partage. "

Jacques Josse . Avril 2008


Lionel Bourg est né en 1949 à Saint-Chamond dans la Loire et réside aujourd’hui à Saint Etienne. Il devient instituteur en 1970, enseigne jusqu’en 1989 et décide ensuite de se consacrer entièrement à l’écriture.
Son travail le conduit au fil des ans à entreprendre et poursuivre la rédaction d'une sorte de Journal ininterrompu où tout ce qu'il compose, poèmes, petites proses, pamphlets, notations quotidiennes, concourt à établir un rapport au monde à la fois critique et amoureux.
Il continue également à rédiger des textes de plus vaste coulée, lesquels organisent en récits et essais mêlés, autobiographie et quête d'une manière de sens.
Son goût de la peinture, des arts marginaux, bruts, premiers, l'ont par ailleurs déterminé à développer une réflexion d'ordre "esthétique" qu'illustrent sa collaboration avec des plasticiens comme ses articles, catalogues ou contributions diverses parfois repris dans ses livres.
Il a également réalisé de nombreuses traductions en italien, allemand, roumain, bulgare, grec et espagnol dans diverses revues et anthologies.
Il a obtenu en 2005 le prix Rhône-Alpes du Livre – Littérature pour Montagne noire (le Temps qu’il fait).

Et puis...

Jacques Brémond

j'ai les sillons des rides au ciel.
sur mon visage les ornières des larmes.
la transparence des désirs
vient buter en rafale de vagues
sur l’œil crevé des échecs.
maintenant les lunes sont ébréchées
la bouche des enfants mangée de tristes
la digitale, turgescence incarnadine,
fière fleur des forêts d'homme
toute asséchée dans l'attente étrange et insatisfaite
vivra-t-elle encore une fois ?
pour combler les joies et les bontés du corps
pour embellir cet autre, donné.
là. sur la rive de l'attentif.
avec la peau qui appelle l'offerte
avec les éclairs de bonheurs au souvenir
Il me reste encore quelques espaces de clair mais bientôt – je sais – l'ombre de gris seule couvrira le  regard.

Et les creusements des peurs sur ma face.

(Guillaume des ors, extrait)


Jacques Brémond est né en 1946 en Avignon. Il a appris le métier d'éditeur auprès de Robert Morel avant de créer en 1975 la maison d'édition qui porte son nom et qui est installé à Rémoulins-sur-Gardon. Il a publié de nombreux poètes contemporains, notamment Lionel Bourg, Thierry Metz, Bernard Noël, Christian Prigent, Franck Venaille, Françoise Han, Évelyne Morin, Annie Salager, Robert Piccamiglio... Il a aujourd'hui plus de 400 titres à son catalogue, pour la plupart  imprimés en typographie.

Poète, il a publié plusieurs livres parmi lesquels  :

Guillaume des ors, Le Dé Bleu, 1981
Les cendres liées, Tribu, 1984
Au partage des eaux, La Bartavelle, 1987
Dans le remuement de la terre, Brandes, 1991
Toro, Cadex, 1995
Ce visage, Wigwam, 2010

Maison de la poésie 2012

sonothèque


Bernard Bretonnière avec Erwann Rougé

Bernard Bretonnière

AVANT-DIRE

L'écrivain ne saurait-il être que le témoin de lui-même ? En portant son attention sur autrui, en observant des expériences qui excèdent les siennes pour les augmenter ou les corriger, voilà qu'il peut se multiplier et devenir nombreux, à l'égal de Walt Whitman : « Je suis vaste et je contiens beaucoup de monde ».

Nourri des mots et des témoignages des autres, ainsi s'est construit « Ledépressif », figure moins individuelle que symbolique, une mais plurielle et changeante, figure dans une réunion de figures, addition, assemblage rapiécé, multitude aux mouvements contrastés : tour à tour Ledéprimé, Letoutchagrin, Lemaldanssapeau, Lejamaiscontent, Lepasdanssonassiette, Leçavapasfort, cent autres — masculins et féminins.

C'est Jérémie et Job, Hegel ou Schopenhauer, Virginia Woolf et Danielle Collobert, Sylvia Plath ou Djuna Barnes, Franz Kafka et Scott Fitzgerald, Alejandra Pizarnik ou Ingrid Jonker, elle et lui ou l'autre, soi peut-être.

Volonté en cavale ou D'. Editions Color Gang

 


Livre écrit en résidence à la Maison de la Poésie

Sur Remue net: Jacques Josse

 

Décembre 2013


 

Mon père trop d'émotion le gêne lira
pas ça jamais en pleure
serait malade cœur lâcherait ne lui montrerai
pas amour c'est quoi? amour imprononçable.

Mon père pas une statue ici pas un tombeau de.

Mon père jamais mourra.

Mon père mal gré.

Mon père bon gré.

Pas un tombeau, Editions l'Idée Bleue

 

 

 



Bernard Bretonnière est né le 5 août 1950 à Nantes et réside dans la campagne voisine. Sans parti pris ni dessein régionaliste, il reste profondément attaché à cette ville, à l'estuaire de la Loire et à la presqu'île guérandaise...

remue.net

ERIC BROGNIET

"...Ecrire ceci sera-t-il toujours
Le testament infini de nos pertes
De ce que nous n'atteindrons
Définitivement jamais ?

Pas à pas dans l'éboulement des alphabets
Sous le ciel d'Orion dont la beauté
Nous fait sentir à quel point, fragiles
Nous penserons toujours

Des utopies inguérissables"

Graphie de la foudre.Extraits, inédits 2004-2005

voir aussi: Extraits de Ulysse rêvant dans l'ébloui et Ce fragile aujourd'hui

 

 



 

Eric Brogniet est né à Ciney le 16 août 1956. Fondateur et directeur de la revue de poésie « Sources » (1987-2000) et de la collection « Poésie des Régions d'Europe » (1988-2000), il fut conseiller littéraire à la Maison de la Poésie de Namur, de 1987 à 2000. Il est aujourd’hui directeur de la Maison de la Poésie et de la Langue française à Namur et du Festival international  de la Poésie Wallonie-Bruxelles.

Il a publié une trentaine de livres de poésie, dont parmi les plus récents : « Autoportrait au suaire (l’Age d’Homme, 2001), « Mémoire aux mains nues », « Une errante intensité » (Ed. Le Cormier, 2001 et 2003), "Ce fragile aujourd'hui" (Ed. Le Taillis Pré, 2007), « La nuit incertaine » (trad. néerlandaise Jan Miskijn, livre d’artiste avec Luce Cleeren, TranSignum, 2004 ; version anglaise de Patrick Williamson, 2005), « Parole et empreinte » (livre d’artiste, avec Roland Castro, TranSignum, 2004), "La passagère" (livre d'artiste, avec Thierry Le Saëc, Rennes, éditions Dana, 2004) ainsi que trois essais critiques : « Christian Hubin, le lieu et la formule » ; « Jean-Louis Lippert : approches du narrateur en aède, athlète et anachorète » (Ed. Luce Wilquin, 2003) et « La poésie arabe contemporaine : vers un nouvel humanisme? » (La Renaissance du Livre, 2001). Il a reçu de nombreux prix littéraires en Belgique comme en France. Son œuvre poétique 1982-2000 a paru en deux tomes aux Ed. L’Arbre à Paroles (2002). Une anthologie de ses poèmes, "La lecture infinie" a paru en octobre 2005 aux Ecrits des Forges (Trois-Rivières, Québec).