D

(Marché de la Poésie, Rochefort-sur-Loire, juillet 2008)

Seymus Dagtekin

Quand tu te retires du monde
Le monde ne s'arrête pas pour autant
Ne se retire pas
Quand tu vas dans le vaste monde
Tu ne deviens pas vaste pour autant
Quand tu te prives de la multitude
Tu n'occupes pas pour autant ta solitude
Tu ne l'élargis pas
Quand tu te chasses du bruit
Tu ne découvres pas pour autant le silence
Quand tu te coupes les branches
Tu n'augmentes pas pour autant
La sève qui irrigue ton front

Au fond de ma barque, éditions L' idée Bleue, 2008


Seyhmus Dagetkin est né en 1964 à Harun, Village kurde au sud-est de la Turquie. Après des études en audiovisuel à Ankara, il arrive à Paris en 1987. Il écrit en kurde, en turc et en français. Il a publié plusieurs livres de poèmes, dont plusieurs au Castor Astral (Les Chemins nocturnes, Le Verbe du temps, Couleurs démêlées du ciel, La Langue mordue) ainsi qu’un roman, A la source, la nuit, chez Robert Laffont. Il a reçu le prix Mallarmé en 2007   et le prix Théophile Gauthier de l’académie française en 2008 pour Juste un pont sans feu (Le Castor Astral).

«  Je me dis que le monde, que l'être, sont comme un chaudron, et que l'art, l'écriture, en sont la louche. Plus la louche est longue et grande, plus on peut brasser les fonds et les limites du chaudron, plus on parvient à remuer les fonds et les limites de l'être. C'est le pari que je fais, le sens que je cherche à donner à travers la poésie et l'écriture : essayer d'allonger, d'agrandir le plus possible ma louche, mes moyens de remuer l'être, de pousser le plus en avant sa connaissance et de donner à en entendre le chant. »    Seymus Dagtekin

Printemps des Poètes


Jean Daive

Comment introduire
la houle de tempête
dans un radiateur ?

J'ai tout calculé sur les routes
même la vitesse des ondes sans altération de forme.

Dans l'autre sens qui n'est pas le retour, le passage
refoule, ne s'adapte pas à l'accès

parce que la domination reproduit
le meurtre.

D'un à un : personne ni aucun.

C'est la maison volée.

Onde Générale. Editions Flammarion


Encyclopédiste, reporter, photographe, traducteur, poète, Jean Daive est né le 13 mai 1941. Il publie son premier livre, Décimale blanche au Mercure de France en 1967. Il a traduit notamment Paul Celan (Strette, 1971) et Robert Creeley (La Fin, 1997). Il a été un créateur de revues très actif avec Fragment, fig. et Fin. Producteur à France Culture, il anime de puis de nombreuses années l’émission "Peinture fraîche" (poezibao)

Polyphonies de mars 2012
Sonothèque

Ludovic Degroote

...après on ne vit qu'à travers soi c'est-à-dire que la fabrique du monde ne se plie qu'avec ce bref tragique de votre existence qui vous a fait jouir et vous enfonce dans vos délectables détestations de vous-même...

Un petit viol. Editions Champ-Vallon


Ludovic Degroote est né le 23 novembre 1958. Il habite La Madeleine, près de Lille. Il a reçu le prix des Découvreurs de poésie 2005 (Poesibao)

Polyphonies de mars 2012
Sonothèque

Jacques Demarcq

 

& Pie

tchakhatchak khatchak

Jacques Demarcq
quoi qu’ça cache ? ta tchatche

ton simulacre en syllablablague
qui plaque d’inaptes charabias
sur chaque aria d’piaf

ce débhabillage maniaque
des ramages d’parcs ou pacages
en affreux dits d’Jacques
vague viagra d’phrases hors d’Jacques...

Les Zozios, Editions Nous


Le poétoiseau Jacques Demarcq, rimbaudelairien à ravir, n’a pas son pareil pour vous inventer carnaval et raffiner le mardi-gras (je me sers de sa formule). D’une poignée de syllabes bien choisies il part… marionnettiste fabuleux et certainement un brin toqué des Zozios, son grand œuvre à paraître avant le solstice d’été chez Nous (c’est-à-dire Benoît Casas de Caen). Auteur de merveilles, notamment d’un opéra pour enfants intitulé – en hommage à Breton -  L’Air de l’eau (éditions J-M Place, Paris, 1985) et de divers opus dont Chin Oise Ries (hélas introuvable, une pièce de collection éditée par G & g, Beauvais, 2000), Contes z’à diction (Comp’Act, Chambéry, 2002) et Rimbaud x 9 (éditions Voix, 66200 Elne, 2005) Jacques Demarcq est également le traducteur génial du génial Cummings dont il a fait paraître plusieurs ouvrages, chez Clémence Hiver (demander le catalogue qu’il en vaut la peine en écrivant à Brigitte Rax, BP 13, 30610 Sauve) et récemment dans la nouvelle collection de poésie poche du Seuil 95 Poèmes qu’il introduit magistralement. Savant émotif unique poétoiseau.

sur Poezibao

ELKE DE RIJCKE

il s’éteint, mon coeur délirant.
 
 
 
il bat à même le sol.                                en fait,
il est déjà passé.              et le sol, sable, décomposé,
 
roulé par courtes vagues,   crispe en intouchables
 
et hors de soi, le coeur se débat, contre soi :
 
de conditions est délié,                de parcelles à distance,
est édenté,
son teint est   t a c h e t é.


 

photo,
MP Namur


Née à Gand (1965) elle vit à Bruxelles. Elle est l’auteur d’une thèse sur André du Bouchet (L’expérience poétique dans l’oeuvre d’André du Bouchet. Matérialité, matière et immédiatisation du langage, à paraître, La Lettre volée). Essayiste et traductrice de poésie néerlandaise, elle travaille depuis 2002 à plusieurs projets poétiques, dont troubles. 120 expériences. précisions (à paraître, Tarabuste, 2005), gouttes ! lacets, pieds presque proliférants sous soleil de poche (à paraître, Le Cormier, 2005), et “visions du quotidien et de l’intime”, projet de poésie documentaire (écriture, audio, vidéo), en collaboration avec d’autres poètes. Elle fait également partie du comité de rédaction de la revue L’Étrangère.



Elke de Rijcke est née à Gand (1965) et vit à Bruxelles. Elle travaille actuellement à un projet de poésie et de recherche (écriture, audio & image), qui interroge la question d’une mystique critique contemporaine. Elle traduit des poètes néerlandais et prépare par ailleurs un livre sur André du Bouchet
(L’expérience poétique dans l’oeuvre d’André du Bouchet. Matérialité, matière et immédiatisation du langage, à paraître aux Eds. La Lettre volée, 2007). Elle a écrit plusieurs essais de création et fait partie du comité de rédaction de la revue L’Etrangère. « La prise de parole poétique (à travers son organisation particulière) est pour moi en prise directe sur l’expérience vécue ou voulue, dont elle doit essayer de témoigner, aussi difficile que cela doive être quelquefois, et ceci à travers des procédés poétiques qui témoignent fidèlement de l’expérience initiale et de la tension entre cette expérience et ce qu’est un être à un certain moment, c’est-à-dire le récipient et le résidu de cette expérience. Cette question relève la vieille tension entre vie et écriture et il me semble que dans le cas de mon projet, l’écriture est subordonnée à la vie, mais en même temps elle la déborde, l’éclaire, l’accomplit, la co-oriente à condition qu’elle soit de nouveau récupérée par la vie. »
Entretien avec Florence Pazzottu, sur le site Poézibao

Denise Desautels

Le mercredi 5 octobre
Jour beige. Après l'extrême bleu d'hier. Jour lent. / Flânerie dans Rennes. Ne pas m'empêtrer dans l'exotisme. / Écrire père, mettre à jour le mot père dans l'anonymat des rues, en marge des façades à pans de bois aux couleurs fictives. / En pays étranger, marcher comme on vagabonde, délinquante, courant des risques, soutenant des regards ou bifurquant sur des rues oisives, s'y égarant. Terriblement mortelle. / Père, l'épeler à voix haute, habituer mes lèvres à la vibration surprise des sons père. / Chercher une forme, du passé remodelé, du futur palpable. Tourner autour de la tête endormie, flottante, de Parmiggiani, place de Coëtquen. Noter vous n'avez été longtemps qu'une tête flottante, que je n'éprouvais pas. Non pas endormie mais noyée. / J'ai installé la table d'écriture devant la porte-fenêtre et le balcon pour mieux voir le jardin, le canal, son eau «mêlée au soleil», et l'espace dans lequel je me suis posée. / D'ici, d'en haut, à gauche de l'allée centrale, un grand cèdre qui n'est pas d'Amérique, et juste au centre, des roses rouges, comme si ça n'avait rien d'incongru en octobre. / Insupportables, les roses depuis mon premier cimetière. Dans leur parfum, chaque fois, le vacarme de la ruine. / Ici, l'hiver n'aura pas lieu. / Voilà où j'en suis. Les plantes, les gazouillis, l'air, l'eau, ma respiration, mes os existent naturellement. / Être dedans. Me sentir être dedans. Isolée. Entourée.

Le coeur et autres mélancolies, Editions Apogée


Le coeur et autres mélancolies a été écrit en résidence d'automne 2005 à la Villa Beauséjour


Née à Montréal, Denise Desautels a publié, au Québec et à l’étranger, plus de trente recueils de poèmes et livres d’artistes qui lui ont valu de nombreux prix littéraires.. Elle est membre de l’Académie des Lettres du Québec.

Heather Dohollau

...Dans le jardin échevelé
Les roses fleurissent
En haut d'un poirier

La beauté est un bien

La peur crée des lieux
Mémorables
Habités par des absents
Comme la mort elle donne
Le profil des choses
Et le havre de leur substance

Reste le rire des roses
Leurs volutes ardentes...

Matières de lumières, Folle Avoine, 1985

 


"Sans le liant du soleil les choses retombent
loin en elles-mêmes. "

Pages aquarellées, Folle Avoine

"Il n'y a plus de temps
l'amour se tient
dans la brillance de l'air
en cet aujourd'hui."
Une suite de matins, Folle Avoine

"Les mots ont soif de lieux
De noces tremblées
Aux mesures d'un souffle."
La Terre âgée, Folle Avoine


Heather Dohollau, poète galloise d'expression française, est née à Trherbert au pays de Galles en 1925. Elle vit en France depuis 1947. Elle a élu domicile en Bretagne, d'abord dans l'île de Bréhat et depuis 1958 à Saint-Brieuc? Elle écrit en français depuis 1967.

Heather Dohollau est la mère du dessinateur Tanguy Dohollau ( http://pagesperso-orange.fr/site-tanguy-dohollau/index.htm ) qui a, entre autres, illustré plusieurs ouvrages de sa mère.

Ronald Klapka sur remue.net

GEORGES DRANO

...ils éprouvent la marécageuse présence et la gaucherie des terres lourdes à admettre l'empreinte, mais à mesure qu'ils progressent elles se lient à leur démarche jusqu'à devenir un sol noueux où le marcheur se sent grandi, ils ont quitté la lenteur des terrains bas, vivant de flaques et de roseaux, où la lumière glisse encore son sommeil, où l'eau n'est plus qu'un lointain quartier d'émeute, maintenant il leur semble avancer sur des surfaces sonores, riverains visitant leurs viviers.

Pour habiter. Editions L'idée Bleue



Né en 1936 à Redon. il vécu en Bretagne jusqu'en 1993, et réside maintenant dans l'Hérault.
Enseignant. - Prix de poésie Guy Lévis Mano 1992.
Responsable de l'association "Humanisme et Culture". Il organise et présente régulièrement des lectures publiques et participe à l'organisation de festivals de poésie (Le Temps des Cerises, les Voix de la Méditerranée).
Il effectue des missions humanitaires et culturelles au Burkina Faso (6ème mission en 2005).

Le Printemps des Poètes

Un seul et unique mouvement porte le geste de l'inventeur d'horizons, du découvreur de pays, de l'amoureux des paysages et celui du parleur s'ouvrant à neuf le champ et le labour des mots: l'allant et l'allure du marcheur, la "motion" sans cesse inventive de qui avance (et s'avance) dans et par son corps... Qui parle en vérité risque comme des mots à part entière, des combinaisons de sons et de sens venues en lui avec l'allure adoptée, avec son regard, son ouïe, son toucher, l'odeur et la saveur, avec le rythme de son pas, de son coeur, de son souffle: cette parole... va plus vite et plus loin que nous ne savons aller et il nous reste la charge de la rattraper, non pour la réduire mais pour l'accomplir, pour "l'habiter". Telle est la brèche du langage. Langage, paysage, pays et pages: pour habiter il nous faut être sur la brèche, vivre dans les "brèches par où s'annoncent les échanges"...
Serge Meitinger

ARIANE DREYFUS

Le mûrier me prend le poignet
Pour que je le regarde
Faire tomber de mes yeux les fruits noirs

Il me griffera à chaque fois qu’il faudra
Non pas jusqu’à l’os
- C’est moi qui marche sur lui -
Mais pour qu’un trait avec mon sang
Me réveille
Revienne
- C’est aussi le début d’une danse -
Quand tenir la main traverse la peau

D’une seule chaleur
Qui courbe les épines et les garde.


La durée des plantes, Tarabuste

 


Née en 1958, Ariane Dreyfus a collaboré à de nombreuses revues et publié une demi-douzaine d’ouvrages, chez Tarabuste, au Dé bleu ou encore chez Flammarion. Elle vit et enseigne en région parisienne.

« Ce qui m’arrive quand j’écris un poème ? En ressortir plus vivante. J’y choisis mon mode d’apparition, j’y reconstruis ma personne. Là aussi, plus que dans mon esprit, les souvenirs sont supportables, encore à moi sans être en moi. Une autobiographie libérée du cours du temps, de l’irrespirable « jamais plus ». La sensation de mon identité comme un noyau de présent inentamable, qui doit suffire. Si dans tous mes poèmes je finis par dire « oui », c’est parce qu’aucun ne regarde en arrière. On avance toujours quand on regarde en face."Le poème n’a pas peur de ce que je peux ressentir".( Robert Creeley) »
poezibao

Polyphonies de mars 2012

Sonothèque

 

Henri Droguet

LASSITUDE

C'est un pâle matin de queue d'hiver
à grands cris fous le vent décloue
bouscule un gâchis de nuages plus loin
jardine un arpent vague férocement
cisaille un panache échevelé de pins
qu'un pivert mitraille
le givre poudre une lande basse et nue
une corneille lasse et seule s'entête et craille
un cheval rouge sort des ombres bleues
il s'ébroue bronche encense
et broute l'herbe cristallisée courte et jaune
mate lisse et lente la rivière dénoue
ses anneaux méandrins dans la saulaie glauque

écumeux dépotoir mâchonneur
incessamment le flot balaie l'estran réduit
les blancs oiseaux maculateurs jargonnent
jettent leurs fientes
le ventriloque enroué dyspeptique gargouille
ses borborygmes périssables et vains
opalin lampion le soleil clignote

 

 


Henri Droguet est né en 1944 à Cherbourg. Il vit à Saint Malo. Son premier ensemble, Le Bonheur noir a été publié au Mercure en 1972. La plupart de ses autres livres  (notamment Le Temps décomposé, Avis de passage, La Main au feu, 48°39’N-2°01W et autres lieux, Off) ont  été édités  chez Gallimard. Il est également l’auteur d’un récit, Albert & Cie, chez Apogée. Son prochain recueil, Boucans, sera publié par les éditions Wigwam en juin 2010.



il grêle aux miroirs
un grillon grelotte et rit menu dans l’herbe clandestine
l’arbre / potence / au / judas se déhanche
un fayard agrippé ressuscite
le vent définitif s’ajuste
et jappe

(Droguet, “La Malinconia (dispositif),” 21)


« Les poèmes d’Henri Droguet naissent dans de toniques et tonitruants parages. La mer y est aussi présente que les nuages et le vent. Triturant la langue, marchant entre sable et pavé, là où « ça grince et ça fricasse », là où ça cogne et où ça lessive, se rapprochant plus du Gulf Stream que de la ville close de Saint Malo (où il a jeté l’ancre), il fonce, caresse les morsures, date tous ses textes et les déroule, selon l’humeur et l’ironie du temps, loin du léché, loin du bien écrit.
« Moi je tombe avec la pluie dernière / je mets un bœuf gros sur ma langue / et je dé-mémore / fricote compute ».
Le Bonheur noir, façon Droguet, flotte et claque au gré des bourrasques, face à l’océan et à lui seul. »                
Jacques Josse, Europe n° 913, mai 2005

Sur le site de Pierre Campion: A la littérature

Sur Poezibao : Il a été « encouragé par les « parrains » suivants : Aragon, Claude Roy, Jean Follain, André Frénaud, Jacques Réda, Guy Goffette….. qu’il a rencontrés en chair et en os, sans oublier Jean Grosjean

Bibliographie
Poésie :
Chat rapace, Cahier de poésie n° 3, avec une présentation de Claude Roy, Gallimard, 1980
Le contre-dit, Gallimard, 1982
Ventôses, Champ Vallon, 1990
Le Passé décomposé, Gallimard, 1994
Noir sur blanc, Gallimard 1998
La main au feu, Gallimard 2001
48°39' N 2°01' W, Gallimard 2003
A paraître sous peu aux éditions Gallimard, un nouveau recueil Avis de passage
Ouvrages illustrés
Champ du signe, avec 5 gravures de Thierry Le Saëc, éditions de la Canopée, 2003
Pluies, vents, bords perdus, avec 5 lithos d’Eric Brault, Ombre et lumière, 2003
Avis de passage, avec 3 gravures de Dominique Penloup, Le galet bleu, 2004.
En prose :
Albert & Cie, histoire, avec une postface de Jacques Réda, éditions Apogée
Des textes de Henri Droguet sur le site de Jean Michel Maulpoix
Une analyse de 48°39' N 2°01' W

Sur Le nouveau recueil

Sur le site de Dominique Penloup , trois des sept portraits d' Henri Droguet :



vendredi 22 féfrier: Denis Heudré

"Je suis en avance. J'aime bien quand la Maison de la Poésie est encore presque vide et que l'on peut discuter facilement avec le poète invité chaque mois et les hôtes du lieu : Jacques Josse et Gwénola. Les livres d'Henri Droguet sont déjà là, posés, étiquetés, prêts à être vendus. J'en choisi un « Le passé décomposé ». Ce n'est pas le dernier. Mais c'était le seul sans étiquette avec un prix. J'y ai vu là comme un message. Ce livre n'a surement pas de prix. C'est vrai « le passé » n'a pas de prix. Je le lirai demain.
Une fois la maison remplie, nombreux jeunes – cela fait plaisir –, Henri Droguet s'installe dans la lumière. Lui, modeste, qui aime rester discret, « l'inconnu » dans la lumière, commence la lecture de ses recueils « Noir sur Blanc » et « Off ». Poète du dehors pour mieux observer les dedans, il scande au vent levé ses « ciels bavards et médiocreux », les « bourrasques aux chausses ». Poète du dehors et du végétal. Marchant une plante devant l'autre, dans les pâtures, les pâturins, vulpins et autres friches (pas chiche sur le végétal). Les oiseaux aussi, plongeant au « vent qui tergiverse ».
Ses mots érudits érigés en rythme, le font parfois trébucher. Ces mots écrits à croche-mots lui font des crocs-en-langue. Mais sans jamais nous écorcher. Il retrouve facilement son pas dans le vent et ces « ciels torturés convulsifs », ces « odeurs de fuel, de blattes et de charnières ». Son ironie aussi, dans les vents sombres, quand la météo du jour n'est pas au beau – « la pleuviote définitive » des côtes bretonnes – .
Avec cette bouffée d'iode, balancée loin de la mer et les « bouffonneries et chimères » d'Henri Droguet, ce soir à la Maison de la Poésie, « la vie bouge dans tous les sens »."
denis heudré

 

Jean-Pascal Dubost

"Nerfs à vif sans relâche et c'est ainsi, qu'ils me font fonctionner foncièrement qui je suis quel que soit quand je quitte l'habitat principal où je vis et demeure et travaille ils me font prendre peau d'horzain et me rendent frogné, alors partant, sac de proses et proses de terre en tête du mal d'horreur qui me travaille en ronge « loin des rumeurs de libération entretenues tout au long de la journée depuis Bagdad », et la rumeur aux trousses, j'entre en résidence au monde les mots à la bouche où que ce soit ainsi sans relâche aussi vif à Rennes - "

Nerfs, Editions La Dragonne


Nerfs a été écrit en résidence d'automne 2004 à la Villa Beauséjour


"Pas de doute, avec ce nouveau livre, cet ensemble de textes courts formant blocs (publié à La Dragonne ) Jean-Pascal Dubost propulse à nouveau le lecteur dans une de ces promenades qu’il affectionne - elle sera rugueuse, haletante, durera cinquante pages, toutes empreintes d’égale teneur - sur « un fil tendu truffé de nœuds, relié au poème par les nerfs ».

« Nerfs à vif sans relâche et c’est ainsi, qu’ils me font fonctionner qui je suis quel que soit quand je quitte l’habitat principal où je vis et demeure et travaille ils me font prendre peau d’horzain et me rendent frogné, alors partant, sac de proses et proses de terre en tête du mal d’horreur qui me travaille en ronge loin des rumeurs de libération entretenues tout au long de la journée depuis Bagdad, et la rumeur aux trousses, en résidence au monde les mots à la bouche où que ce soit ainsi sans relâche aussi vif à Rennes - »

D’emblée ce texte inaugural dresse le décor. Le voilà, lui, tel qu’il est (hargneux, un peu renfrogné mais déterminé à placer des mines jusque dans la syntaxe), à l’instant même où il entre en résidence à la maison de la poésie (Villa Beauséjour) de Rennes. Il y passera quelques mois. Durant lesquels ces poèmes-ci vont voir le jour.
À vrai dire, le lieu revêt à ses yeux une importance relative. Il va bien sûr s’y familiariser. Traverser la ville, ses rues. Fréquenter les bars. Prendre même quelques habitudes chez Jeanne, au Café du nord mais en s’évertuant à être toujours et essentiellement présent au monde. C’est là, dans ce vaste espace mouvementé, hors frontière, loin des curiosités locales, qu’il réside, comme tout un chacun.

« Poussée la porte et l’huis franchi, on hésite, et puis salue vaguement le monde prend place dans un coin d’ouest de la France au Petit Sainte-Foix, y crucher un fameux chasse-cousin d’oc en quel prétexte les oreilles ouvrent les yeux qui traînent et décryptent la presse infernale de foin (...) »

Dubost, aux aguets, collecte les infos venues du dehors (et de partout) en écoutant, attentif, vif, ce qui, par bribes, ricoche du zinc à lui ou transite du transistor à l’ouïe, voire passe d’un journal (Libé, Le Monde) à ses carnets... Cela donne des proses compactes mais aérées grâce à cette oralité qui offre, çà et là, de précieux fragments à ramasser, quelques uns ruraux ou anciens, presque tous mêlés à l’actualité, intériorisés puis expulsés dans la foulée, au rythme d’une respiration soutenue.

Jean-Pascal Dubost a du souffle. Il aime, dans ses poèmes, accélérer l’allure et prendre les virages à la corde. La langue, son vrai véhicule, est, bien que retorse, soumise à rude épreuve. Comme toute matière, il faut la travailler. Pour que, nerveuse, elle pulse et puise en elle de quoi malmener - avec entrain - la syntaxe. L’auteur de Monstres morts (éd. Obsidiane) et de Fondrie - autre livre né d’une résidence (éd. Cheyne) - excelle à rendre évidente sa rugosité. Son écriture en devient diablement efficace. Physique, toute en force. Proche parfois du cut-up cher aux poètes de la Beat Generation. En n’oubliant jamais de poser la parole au centre.

Jacques Josse. Avril 2006

remue.net ,

poezibao

et puis...

Patrick Dubost

poésie (corps) sonore


Le poète sonore
s'honore d'avoir un corps
et le fait volontiers savoir très fort.
La poésie sonore se lit avec les oreilles.
Le poète sonore est au présent perpétuel.
Tout poète qui expire est un instant sonore.
Sommeillent des cadavres de poètes sonores
dans toutes les anthologies de poésie classique.
Dans l'obscurité, le poète est sonore ou n'est pas.
Une poésie qui reste à définir est la seule possible.
Le poète sonore peut-il sonner encore dans la mort ?
Il reste au poète analphabête la solution d'être sonore...

publié dans BoXoN n° 13/14
dans une version antérieure
été 2003
son site


 

Curriculum Vitae

Jardinier sur son balcon
Sportif à ses belles heures
Tendresse pour les monastères
Tout parce qu'il n'a qu'une seule vie
Lecteur incertain de polars avant dormir
Etudes de mathématiques et de musicologie
Cycliste du dimanche (juste un ou deux par an)
Voyager, bien sûr, mais dans les bagages de sa poésie
Joueur infatigable, voire obsessionnel (dont l'informatique)
Depuis la petite enfance, que ne ferait-on pas pour ne pas mourir ?
A construit sa vie sur l'écriture, et sur comment la parole naît de l'écrit
Père amateur (oups) de deux enfants magnifiques (mais grands et tirés d'affaire)
Enseigne les mathématiques dans un lycée à Lyon, parfois à mi-temps, parfois à temps complet
Professeur mal noté par les inspecteurs de l'Education Nationale (ce qui est bon signe ?)
Ecrit aussi sous le nom d'Armand Le Poête, faute d'écrire sous trois mille noms
Passionné d'astronomie, de cosmologie et certains domaines de la physique
Musicien amateur (claviers, flûtes, harmonica, clarinette, etc...)
Ne parle aucune langue sauf celle qui est dans sa bouche
Bricoleur sympathique, incompétent et versatile
Aimerait un jour quand même en anglais
Une langue qui ne soit pas maternelle
Athée contemplatif et actif atypique
Mécanique quantique et relativité
Surtout ne pas vivre trop vieux
Attend la mort sans réfléchir
Attend le tramway pareil
Danseur protohistorique
Frère avec les animaux
Voit le chaos partout
Ne s'ennuie jamais

Sylvie Durbec

« J’entends les visages et je vois les mots
les mêmes je ne sais pas où ça commence
je regarde c’est mon seul travail ICI-VOIR
les bouches les yeux les oreilles
que disent-ils de cette merveille
qu’est vivre »

       (PRENDRE place, une écriture de Brenne, Collodion, 2010)


Sylvie Durbec en résidence d'automne à la Maison de la Poésie de Rennes

sonothèque


Sylvie Durbec est née à Marseille en 1952. Elle vit entre Avignon et Tarascon dans un ancien moulin où elle a installé une petite structure associative, visant à promouvoir la poésie et les artistes, La petite librairie des champs 
Poète, elle est aussi romancière – 3 romans chez Fayard entre 2000 et 2002 – auteur de nouvelles et de livres pour les enfants.  Lire la suite sur Poezibao

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