G - H -I

André Gache

 

“On dit au village que serait né en février, ou dans les parages peut-être même le quinze, ça se discute et là-bas dans l’villes que serait un enfant de baby-boom, ouais, quelque chose comme quarante-huit.”
“Il y en a qui disent qu’il est calé, bon mais y’a toujours des gens pour en rajouter et là-bas dans l’villes qu’il a eu ce qui fallait, des diplômes et tout, qu’il racontait des histoires, Napoléon...”
“...on dit même que serait allé en Afrique, le Sénégal ou le Mali, quelque chose comme ça là-bas dans l’villes ils disent qu’aurait étudié les mœurs d’une tribu, ... qu’il s’intéresserait à leurs façons de faire...”
“Bon, vous dites que l’a eu un gros accident de santé ? ... et depuis qu’il fait qu’écrire ? Ah ! ça m’étonnerait pas de lui quand pas plus grand que ça il inventait des histoires à tue-tête, chantait des romances dans le grand pré du bas...”
“C’est plus un paysan notre petit voisin, non, parle pas comme nous...”

                                    (Extraits des Rognonures sur André Gache par André Gache)


André Gache est né en 1948 à St Sauveur-en-rue dans la Loire. Il vit en Ardèche du sud. Il intervient régulièrement en lectures publiques et a publié dans plusieurs revues (Triages, Petite, Tapin, Ouste, La Planète des singes, etc.)

Bibliographie :
 - Rêves tus, J. Huguet éditeur, 1997
- Ö mon pays, l’homme, Soleils et Cendre, 1999
- Si c’est vivre, La Bartavelle, 2000
- Et on les butera dans les chiottes, Les Solicendristes, 2001
- La peine remonte au fond des yeux, Les Solicendristes, 2003
- <disons> PTQR de quelques siècles, Les Solicendristes, 2003
- Un homme est-ce il attend c’est lui, La Planète des Signes, 2003
- F-land songs [surpossible], hors-série 22 Montée des poètes, 2004
- Et ta voix de ma peau, avec gravures de Gundi Falkensteiner, Atelier G. Falkensteiner, 2004
- Bimbo l’existentiel, Plaine Page, 2004
- Bonome, chant de l’épouvantail, Le mot et le reste, 2004
- Je sais combien nous sommes bons, Les Solicendristes, 2004
- Quelqu’un dort apaise le monde (anthologie), Tarabuste, 2005
- 100 000 godasses sur la langue, (hors série) 22 Montée des Poètes, 2005
- Les unités ne s'additionnent pas, éditions de l’Attente, 2006
- Karaokétêtés par les pieds, éditions Voix, 2007
- Cosmencements, avec encres de Françoise Chastanier, éd. Suc&Absynthe 2007
- Force 18 (anthologie), éditions Voix, collection Vents contraires, 2007
- Palmer/Murakami, éditions Hapax, 2008
- Futur a/intérieur, éditions Hapax, 2008
- Ceps, poésie dans les chais (anthologie), Nuit Myrtide éditions, 2008
- Emme wobo, nous sommes ensemble, éditions Hapax, 2009
- Chwork suivi de Ça, Le Grand Os, 2009

Polyphonies 2013

sonothèque

Blog d'André Gache
Et aussi

Daniel Garcia Helder

...Virgen de las causas perdidas
con un solo ojo pero de once mil facetas
que debe tener tremendo
poder de resolución
como para dar gracias que no haya sexo entre las amebas
ni tener que presenciarlo,
siempre me sentí la trilliza del medio
un poco perdida
en mi biosfera
regando en patas las flores sencillas
de la misma especie que las hay dobles
en casa de mis hermanas,
pregunta: qué hacer con las babosas
son una plaga, ponen huevos por todas partes
después uno los pisa,
pero la estela de ir arrastrándose
a la sombra del día
de noche fosforece en la pared como nervadura
que empalma con los astros
de profunda y clara permanencia.

Travesias


D. G. Helder est né à Rosario en 1961.  Il a écrit et publié des essais sur Rubén Darío, César Vallejo, Juan L. Ortíz, Francisco Gandolfo, Juana Bignozzi, Francisco Urondo, Marosa di Giorgio, Alejandro Rubio, Raúl Gómez Jattin, Darío Canton, Néstor Groppa, Amaro Villanueva, etc. Il a fait partie du journal Diario de Poesía et du site internet Poesia.com. Directeur de la maison de la poésie de Buenos Aires de 2001 à 2008, il est actuellement co-commissaire du Festival International de Poésie de Rosario. D.G. Helder a été publié en France dans l’anthologie Traversées sur une proposition de Gustavo Lopez des éditions Vox (Apogée Rennes 2009). Un recueil traduit et édité par les éditions Les Hauts-Fonds à Brest paraîtra début mars 2010.

Il a publié El faro de Guereno (Libros de Tierra Firme, Buenos Aires, 1990), El guadal (Libros de Tierra firme, 1994) et La vivienda del trabajador (Editorial Municipal de Rosario, Rosario, 2008). Des extraits de son livre encore inédit Tomas para un documental ont été publiés sur le site Poesia.com (Buenos Aires, 1996), dans les revues Punto de vista (Buenos Aires, 1997), La modificacion (Madrid, 1998), Matadero 103 (Santiago de Chile, 2002) et dans les anthologies de poésie latino-américaine El turno y la transición (Siglo XXI, México, 1997) et Prístina y última piedra (Ed. Aldus, México, 1999).

 

            Tomas para un documental, à paraître.
            La vivienda del trabajador, Editorial Municipal de Rosario, Rosario, 2008
            El guadal, Libros de Tierra firme, Buesnos Aires, 1994
            El faro de Guereno, Libros de Tierra Firme, Buenos Aires, 1990


Photo Michel Durigneux

Albane Gellé

il
a fait un bruit de verre en elle,
et puis elle est partie.

elle
a commencé par enlever le cou-
vercle et puis tout doucement elle
est sortie de son bocal.

il

lui a dit je t'aime avec tellement
de conviction, elle, dans un premier
temps, en a oublié de partir en
courant .

elle
en a marre des ils qui ne tiennent
pas debout tout seuls.

Je te nous aime. Cheyne Editeur


Albane Gellé est née le 7 décembre 1971 à Guérande (44). A organisé (de 1999 à 2012) dans différents lieux (Saffré, Oudon, Abbaretz, Saumur)des évènements et des actions autour de la poésie, de la littérature, au sein d'associations (Hurluberlu, Compagnie Cent Doutes, Poïen, Littérature et Poétiques devenue La Maison des Littératures). Vit aujourd'hui à Saumur (49).

Livres de poèmes :

A partir d'un doute, éd Voie Publique, Nantes (1993)- épuisé
Hors du bocal, éd. Le Chat qui Tousse, Cordemais (1997)- épuisé
En toutes circonstances, éd.Le Dé Bleu (collection Farfadet bleu), Chaillé-sous-les-Ormeaux (2001)- épuisé
De père en fille, éd.Le Chat qui Tousse, Cordemais (2001)
Un bruit de verre en elle, éd. Inventaire/Invention, Paris (2002)-épuisé
L'air libre, éd. Le Dé Bleu, Chaillé-sous-les-Ormeaux (2002)
Aucun silence bien sûr, éd. Le Dé Bleu, Chaillé-sous-les-Ormeaux (2002)- épuisé
Quelques, éd. Inventaire/Invention, Paris (2004)- épuisé
Je te nous aime, éd. Cheyne, Le Chambon-sur-Lignon (2004)- 4ème édition en 2012
Je, cheval, éd. Jacques Brémond, Remoulins-sur-Gardon (2007)
Bougé(e), éd. du Seuil, Paris (2009)
Pointe des pieds sur le balcon, éd. La Porte, Laon (2012)
Si je suis de ce monde, éd. Cheyne, Le Chambon-sur-Lignon (2012)
Nous valsons, éd. Potentille, Varennes-Vauzelles (2012)
Voilà, éd. Contre-allées, Montluçon (2012)- épuisé

Participation à des anthologies :                                                                                                          

  Une salve d'avenir, anthologie poétique sur le thème de l'espoir, éditions Gallimard, mars 2004 - Ce que disent les mots, choix de trente poètes publiés au dé bleu, par Pierre Maubé, éditions Voix d'Encre, 2005 - Ecrire, pourquoi, éd. Argol,  janvier 2005 -  Passeurs de mémoire, éd. Gallimard, mars 2005 - Les jardins, collectif autour de l’exposition sur l’écriture, Maison de la Culture de Loire Atlantique, éd. Joca Séria, mars 2005 - Les états provisoires du poème, éd. Cheyne, décembre 2005) -L'année poétique 2007, anthologie, éd. Seghers -  Esquive – Escale – Esquive  anthologie de poésie française contemporaine bilingue chinois-francais, 2007 - Dans le privilège du soleil et du vent (Pour saluer René Char), éd. La Passe du Vent, juin 2007 - Avec mes yeux, autour des photos de Yannick Lecoq, éd. Verlag im Wald (bilingue allemand/français), déc.2007 - Nantes/Recife, Anthologie Poétique par la Ville de Nantes ( portugais/français), 2007. L'année poétique 2008, anthologie, éd Séghers – Une anthologie de la littérature équestre féminine, éd. Du Rocher.Québec 2008 (40 poètes du Québec et de France), éd. Les écrits des Forges/Sac à mots, février 2008 – L'année Poétique 2009, anthologie, éd.Seghers – Le cheval en 100 poèmes, éd. Omnibus, 2011…
Prix littéraire,bourses  :                                                                                                                      
 Prix des découvreurs (pour L’air libre) décerné par les lycéens de l'Académie de Boulogne-sur-mer, 2003 - Bourse découverte, par le C.N.L. (Centre National du Livre), 2001 - Bourse d'encouragement, par le C.N.L., 2004 - Bourse de résidence  par le Conseil Général de Seine St Denis (Ecrivains en Seine St Denis), 2006. Bourse de création, par le C.N.L.,2010.

Publications en revues :

depuis 1991, dans  : Traces, Verso, Contre-allées, Neige d’Août, Décharge, Le Quai des lettres, Mohs, Versal, A contre-silence, Noniouze, Courbes, Eponyme, Petite, Inventaire/Invention, Espace(s), Traumfabrik, Triages, N4728, Comme ça et autrement…

A la maison de la Poésie de Rennes, février 2014, dans le cadre du prix des Découvreurs 2014

John Giorno

"Il y a de nombreuses années,
je croyais
pouvoir voler,
et peut-être
y suis-je parvenu
une fois. "

La sagesse des sorcières - Editions Al dante



photo Mattew Langley (?)


 

"Rennes, début octobre. John Giorno est sur scène. Debout, en jeans et tee-shirt, souffle soutenu, corps chargé de grande énergie, chaloupant sur les planches étroites d’une péniche amarrée près du canal Saint-Martin, il dit, malaxe, martèle des textes qui oscillent entre chroniques et bribes récentes.

Il entame ce soir-l à, à l’occasion du festival Les bruits du monde, une tournée en France. En même temps sort, chez Al Dante, son dernier livre, La Sagesse des sorcières. C’est par un extrait de cet ouvrage qu’il débute. Texte central et précis, titré La mort de William Burroughs.

« William mourut le 2 août 1997, un samedi à 6h30 dans l’après-midi, de complications dues à une attaque cardiaque massive qu’il avait subie la veille. Il avait quatre-vingt-trois ans.
J’étais avec William Burroughs quand il mourut et ce fut l’un des meilleurs moments que j’ai passés avec lui. »

Suit une lente énumération de tout ce qui fut mis dans le cercueil de l’écrivain... Du « 38 spécial à canon court, cinq coups, chargé » - le fameux L. Courtaud qu’il a gardé « à sa droite, sous le drap, toutes les nuits pendant quinze ans » - à la veste marocaine offerte un quart de siècle plus tôt par Brion Gysin en passant par sa « canne-épée en noyer d’Amérique » et son bandana rouge, sans oublier un stylo, un joint et une dose d’héroïne...

Si John Giorno (né en 1935 à New York) est bien l’un des derniers rescapés de la Beat Generation, il est aussi celui qui n’hésite jamais à témoigner, quitte à choquer ou à déplaire. Quand il provoque (il ne s’en prive pas, y compris dans La Sagesse des sorcières, il le fait avec malice, passant la réalité quotidienne (ses routines, ses émotions) au crible. Il la décrypte par fragments, en usant de la répétition, en mâchant, en mixant faits et gestes ordinaires, en mettant, en fait, à nu tout ce qui nous conditionne.

Ecouter (voir) Giorno interpr éter ses textes en public prend parfois des allures de rencontre physique. À Rennes, celle-ci dura une bonne heure. L’auteur (en sueur et vanné) donnant ensuite carte blanche au livre pour la prolonger.

Un grand merci à Gérard-Georges Lemaire, l’inlassable traducteur de Giorno et de bien d’autres... "

Jacques Josse. 4 novembre 2005

"Après avoir travaillé dans un bureau de change de Wall street, John Giorno renonce au monde des affaires au début des années soixante, et produit un système poétique qu’il nomme « Biopsies ».
Il met également au point un système original de poésie téléphonée Dial-A-Poem, succès qu’il expérimente dans de nombreux lieux. Il fonde en 1972 une société de disques, la Giorno Poetry Systems, innovant par l’utilisation de technologie en poésie.
Il pratique la lithographie et la sérigraphie avec ses Poem Prints ainsi que la méditation bouddhiste tibétaine depuis 30 ans.
John Giorno a fait de nombreuses lectures, tant aux Etats-Unis qu’en Europe. C’est un poète singulier qui travaille depuis 40 ans la performance, le poésie écrite, enregistrée, exposée et représent ." Françoise Janicot

Michaël Glück

« Ce que nous pouvions faire nous l'avons fait nous le faisons encore peu de choses un poème »

" Suite pour une ode à la terre sans nous"

"Ils marchent dans la lande. Céphise les accompagne. L'homme appuie chaque pas sur sa canne. Ils vont jusqu'à la pierre au bord de la falaise. Ils s'assoient. Ils regardent les mouettes qui plongent vers la mer. Ils ne disent rien. Chacun est à son roman, silencieux."

"Figures inachevées avec vue sur la mer". Ed Apogée.


Ecrivain, poète et traducteur, Michaël Glück questionne la fragilité de l'être et cherche le geste, le poème, le texte susceptibles de sauver. Auteur d'une oeuvre foisonnante, il écrit et travaille par ailleurs en jetant des ponts entre l'écriture et de nombreuses autres disciplines : théâtre, danse, marionnettes, arts plastiques. Son oeuvre est fosonnante et singulière. Quelques uns de ces multiples ouvrages : "La mémoire écorchée", "Partition blanche", "Récit-gît", "Lettre à Hyppocrate", "Figures inachevées avec vue sur la mer", "Couve le feu", Cette chose là, ma mère, "L'échelle", "Oranges", "Obstination des heures", "L'enfant et le vent".

Maison de la Poésie de Rennes, Polyphonies 2014

Sonothèque

Dominique Grandmont

"Ont des chiens pour exil entre murs et canal
quand la pluie marche devant eux sans comprendre
obéissant au nombre une main sur la barre pour un
échange de dernière minute
."

Transversale Nord , Editions Apogée


Transversale Nord a été écrit durant la résidence d'automne 2006 à la Villa Beauséjour

Dominique Grandmont sait que pour prendre la mesure du flux il n'est pas de mesure, il faut s'inclure dans le cours insaississable vidant de l'intérieur nos mots.
Chaque événement de la vie du poète n'est pas prétexte mais se découvre au fur et à mesure qu'il l'écrit, selon une "transversale nord" inédite. Une telle position n'est évidemment tenable que si le poète refuse de considérer sa parole comme lieu de pouvoir, de savoir...Plutôt le don, la dépense qui fait vivre plus intensément, le désir net battant ouvert qui claque contre le dehors!
Editions Apogée

Sur remue.net un texte de François Rannou


Poète, traducteur et critique, Dominique Grandmont est né à Montauban (France). Ses premiers poèmes ont été publiés par Aragon en 1964 et il obtint le Prix Max Jacob en 1983 et le Prix Tristan Tzara en 1994. Traducteur du tchèque (Vladimir Holan, Jaroslav Seifert) et du grec (Yannis Ritsos, Constantin Cavafis), Prix Nelly Sachs de traduction de poèsie.


Guénane

...Aimer
c'est
choisir
avec
fougue
la seule
entrée
sans
gouttière
de
secours.

Dire c'est
dégarnir.

Séduire
inclut
le mystère
des
trames.

Couleur Femme, Editions Rougerie, 2007

 


La ville de Lorient ayant été bombardée, Guénane est née au coeur de la Bretagne en 1943. Après des études de Lettres à Rennes où elle a enseigné, elle a longtemps vécu en Amérique du Sud.
Elle vit désormais en rade de Lorient.

Le site de Guénane Cade

Printemps des Poètes

photo l'Act Mem

Joseph Julien Guglielmi

"...Je marche
où il n'est rien, dans l'aube
je dis dans l'aube
parce que c'est vide
et blanc dans l'incertitude des lignes
Un regard fonde le discours
et son revers inentamable
le long de ce larmier
dehors
avec la peur"
Aube, éditions P.O.L., 1984.


 


Joseph Julien Guglielmi, né à Marseille de parents italiens (Ligurie) en 1929, a longtemps été instituteur. Après plusieurs voyages au Japon et aux Etats Unis, il se consacre à la poésie et à la traduction, de poètes américains notamment. Aujourd’hui, il vit et travaille à Paris et à Ivry-sur-Seine.

A la fois poète et traducteur, essayistè(Jabès, Tortel, Ponge, Royet-Journaud) et diariste, il pratique couramment des lectures publiques de sa poésie et des animations dans le domaine scolaire. Il dirige des ateliers d’écriture poétique.
Il a réalisé de nombreux livres avec des artistes tels que Arman, Robert Groborne, François Deck, Marc Chaplin, Bouderbala, Jean-Luc Poivret, Bonnelalbay et Anne Slacik.

Il a collaboré à de nombreuses revues, notamment Critique, Les Cahiers du Sud, et Action Poétique dans laquelle il a tenu jusqu'à peu une chronique régulière intitulée "Le Journal de J.Guglielmi" et dont il est membre du comité de rédaction.

Sur Poezibao

GEORGES GUILLAIN


un paysage autour du grand feuillage combustible jaune durci de faines
sur la tombe de la saison

la pesanteur de leur corps les franchit
d’un mouvement de la jambe
sans écraser

on parle d’elles

visibles transparentes voyant ce rien
qu’est devenu leur geste la façon qu’elles ont eu de pencher
et de courber
avec
sur elles
les branches

le vif et le lent faits ensemble pour le reste de la journée


Georges Guillain, Compris dans le paysage, Éditions Potentille


"« Fin d’été, Strutof ». Paysage apparemment calme et paisible, tout entier pris dans la lenteur du mois d’août, avec ses prairies verdoyantes, ses routes qui montent vers la lumière et ses pruniers survolés par des nuées d’étourneaux. Georges Guillain y séjourne. Il arpente ces terres silencieuses. Où beaucoup d’hommes et de femmes connurent il y a peu l’enfer. Le Strutof fut en effet le seul camp de concentration installé en France par les nazis. Ce fut également l’un des plus meurtriers. Plus de 20 000 personnes y furent assassinées.
Goûter, dans ces conditions, sachant ce que l’on sait, « les derniers jours / d’un été blanc / pas encore arraché // de son ombre » et le noter ne peut se concevoir que si l’on s’oblige à remuer le passé pour sentir et écrire ce que le paysage ne montre pas. C’est ce que fait Georges Guillain. En usant de vers brefs, en griffant la beauté, en se frottant à la rouille des barbelés, il tente de capter les murmures de ceux qui veillent sur le flanc isolé de la vallée."...
Remue.net: Jacques Josse: "Georges Guillain : Compris dans le paysage" le 27 septembre 2010:

 


Georges Guillain est professeur de lettres au Lycée Branly de Boulogne-sur-Mer. Il anime également les actions de promotion de la poésie contemporaine au sein de la commission Ecriture(s) du Rectorat de Lille.
Il collabore avec la Quinzaine Littéraire.
Il est à l'initiative du Prix des Décrouvreurs, créé en 1997, prix de lecture de poésie qui s'adresse aux lycéens.
Il participe à diverses lectures publiques et interventions en milieu scolaire.
Il est détaché par le rectorat de Lille auprès de la Villa Mont-Noir (Résidence européenne d'écrivains).
Organisateur et animateur des Lectures-Rencontres des Pipots avec des écrivains contemporains.

Le Printemps des Poètes

Denis Heudré:

Georges Guillain est à Beauséjour ce soir. Sa grande taille habite pleinement la salle de lecture au plafond malgré tout un peu bas. Mais cette maison lui offre ainsi un cocon bienveillant. Et ce soir, ici à Rennes au bord du canal, ce n’est pas que sa taille qui fera impression, mais sa poésie aussi.

Georges Guillain a la faconde méridionale de ceux du bord de mer. De la mer du Nord certes, mais du pays des départs vers les vagues et le sel qui rendent les hommes diserts. Il a la faconde du prof en retraite qui a toujours aimé son travail avec la fierté d’un passeur de savoirs.

Sa lettre du poète Georges Guillain, resté à Boulogne sur Mer, au lecteur Georges Guillain, en lumière ici à la Maison de la Poésie, est un modèle d’humour schyzophrénique, que n’aurait pas renié Woody Allen. Mais à travers l’artifice du double je, point d’artificiel d’un simple jeu. Tout cela est plus profond. Il parle de lui, de son écriture, de la poésie et se présente ainsi immédiatement attachant. Lui le découvreur, même lorsque la soirée lui est entièrement consacrée, aime à faire découvrir d’autres poètes ou écrivains. Valery Larbaud, Nuno Judice, Don DeLillo, Jules Laforgue, Bashô, Gérard Farasse, Michele Tortorici, Alexandru Musina…. En bon professeur, ou plutôt en bon passionné, il cherche à expliquer (déplier, enlever les plis).

Malheureusement, Georges Guillain est peut-être trop injustement méconnu comme auteur. Dans ces recueils, il observe, écoute les « craquements assourdis du monde ». Reprenant les mots de Paul Celan, il interroge « ce qui fut monde, comment reste-t-il monde ? ». Il nous fait visiter quelques jardins. Ces jardins botaniques qui font pousser aussi l’inspiration du poète. De l’abbaye de Sénanque aux « Lost gardens of Heligan », observant la terre « apprendre au puits les routines de l’eau ». L’homme et les éléments : « petites flaques d’être ». Pour retrouver « au cœur des choses qui débordent cet équilibre sans virgule intensément frôlé »…

Dans son roman-poème en cours dont il lit aussi une série d’extraits, il tente de restituer l’itinéraire de cet autre lui-même qu’il nomme significativement Il, qui bien conscient que « rien ne lui aura été donné spécialement à vivre » cherche quand même « avec espoir » à s’ouvrir un chemin en s’enfonçant « comme il peut dans la lenteur humaine ».

Georges Guillain, passeur donc. Mais aussi dans l’engagement – vocabulaire sportif pour un poète à physique d’athlète – Son investissement dans la promotion de la poésie n’est plus à démontrer avec son désormais célèbre Prix des Découvreurs. Son écriture aussi est engagement humain. Son dernier recueil « Compris dans le paysage » publié aux éditions Potentille a été écrit après une visite au camp du Struthof. Ici pas de pathos néfaste, une grande pudeur. Écrire le malaise devant ce lieu de l’horreur, si magnifique à l’automne avec ce « paysage autour de grand feuillage combustible jaune durci de faines sur la tombe de la saison ». Cette horreur désormais indissociable de l’endroit, comprise dans le paysage, est peinte magnifiquement dans ce recueil.

Et Georges Guillain, questionné sur cet engagement, répond : « on ne peut plus vivre naïvement le monde ».
« L’Hiver est une main précise », Écrit(s) du Nord, 2000
« Compris dans le paysage », Éditions Potentille, 2010



Cécile Guivarch

« elle va mettre au monde sur un lit de paille
elle hurle crie appelle ses vieux les très vieux
(on ne sait même plus leur nom)
elle les appelle tous pour leur dire qu’elle va mettre au monde
elle crie sa douleur son sang qui la fracasse lui sort par le bas
elle s’accroupit attrape le corps qui s’échappe de sa chair
elle l’attrape le met sur sa poitrine pour en sentir l’odeur
écoute le premier cri
pleure sa douleur
dans un tas de paille »
                                                                                                        Le cri des mères (extrait)


Cécile Guivarch est née en 1976 près de Rouen. Elle vit à Nantes. Elle anime le site de poésie contemporaine Terre à ciel.

Publications :
Terre à ciels, les carnets du dessert de lune, 2006
Planche en bois, Contre-Allées, 2007
Coups portés, Publie.net, 2009, réédition en 2012
Te visite le monde, les carnets du dessert de lune, 2009
La petite qu’ils disaient, Contre-Allées, 2011
Le cri des mères, La Porte, 2012

« Une langue avec ce goût de poésie brute, cet écho des sagesses et bêtises paysannes, une langue forte et belle, et pas seulement pour qui sait et a vu ces scènes-là… de ces langues-là de campagne, mais repassées ici au contemporain. » François Bon (à propos de Coups portés, publie.net)

Polyphonies

Jean-Paul Hameury

« Combien peu s'arrêtent dans la lente
avancée de l'aube,
dans la suture brève
du crépuscule.
Ils préfèrent se livrer au plein midi,
à la ténèbre dure, et cependant
midi, minuit, manquent
de dissidences.
Qu'ils aillent plutôt aux grèves
du matin, du soir, où
jour et nuit feignent
de s'opposer. »

Cette autre rive, (extrait)


Né en 1933 à Saint-Quay Portrieux, Jean-Paul Hameury est décédé  le 12 février 2009 à Rennes.
Il fut professeur de lettres et laisse une œuvre poétique importante, essentiellement publiée aux éditions Folle Avoine.
Il est également l'auteur d'essais philosophiques, de récits, de nouvelles et de textes sur l'art.

Bibliographie  :

La Convocation, Folle Avoine, 2009
Errances, Folle Avoine, 2009
Des temps difficiles, Folle Avoine, 2009
Marginalia. Tome 3, Regards sur le temps présent, Folle Avoine, 2008
L'Empire, Folle Avoine, 2008
Macchab, Folle Avoine, 2007
L'Empire, Folle Avoine, 2007
Derniers rivages, Folle Avoine, 2004
Marginalia. Tome 2, Illusions et mensonges, Folle Avoine, 2001
Voix dans la nuit, Folle Avoine, 2000
L'obscur, Folle Avoine, 1999
Terre de ciel, livre d'artiste avec Michèle Barange, 1999
BALBOA, Folle avoine, 1998, 2009
Marginalia. Tome 1, L’échec de Mallarmé, Folle Avoine, 1998
Edward Hopper 2e édition, Folle Avoine, 1997
Requiem, Folle Avoine, 1994
Exils, Folle Avoine, 1994
Fragments, Folle Avoine, 1994
Le Gardien du feu, Wigwam, 1994
Ithaque et après, Folle Avoine, 1993
Peinture et réalité : Cézanne, de Staël, Vermeer, Folle Avoine, 1990
Le Chemin du fleuve, Folle Avoine, 1985
Chroniques, Folle Avoine, 1983 puis 1992
Brûlant seul, La Dagona, 1982
Cette autre rive, Ipomée, 1978, rééd. par Folle Avoine en 1988
L'archipel des cendres, Subervie, 1975

Une traversée de l’œuvre de Jean-Paul Hameury par Michel Dugué sur le site Poezibao.

Hommage à Jean-Paul Hameury (et évocation de la rencontre organisée par la Maison de la poésie, les Champs Libres et les éditions Folle Avoine en avril 2010) par Georges Guitton dans la revue Place Publique

 

Deborah Heissler

[...] où chacun
reprend sa route

là, parmi les fleurs
les fleurs, peintes
clair

presque évidentes,
comme ainsi ces choses

infantes, sans cesser d'être vives

       (Près d'eux, sous la neige, Cheyne, 2005)

 


son blog

le blog de résidence

Résidence de printemps 2013 à la Maison de la Poésie de Rennes

       Denis Hirson

  Peuplier

Je voulais être un arbre;
un chêne, je pensais, ou un olivier,
un arbre bravant les tempêtes,
qui puiserait son silence
loin sous la rumeur du monde,
un arbre familier du soleil
et de son ombre; un arbre
qui sentirait bon.

Mais hier soir je racontais à mon fils
une histoire de peuplier.
Tu sais ce que c’est un peuplier,
n’est-ce pas? Oui, dit-il,
c’est un arbre qui peut plier.

Maintenant je veux être un peuplier.
Je ne suis pas sûr de pouvoir
rester sur place pour faire front
aux ravages qui se préparent.
Je veux pouvoir plier,
me faire petit comme
un homme,
je veux être un peuplier
qui avance dans le vent.

(Jardiner dans le noir, extrait)


Né en 1951, Denis Hirson est acteur, enseignant, écrivain et traducteur. Il a quitté l'Afrique du Sud à l'âge de 22 ans et est venu s'installer définitivement en France en 1975.
Il a publié plusieurs ouvrages sur la mémoire des années d'apartheid, dont La Maison hors les murs, éditions Autrement, 1988.
Il a également publié une anthologie, Poèmes d'Afrique du Sud, aux éditions Actes Sud en 2001.

Son premier recueil traduit en français, Jardiner dans le noir, est sorti aux éditions Le Temps qu'il fait, en 2007.

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