R

Sergio Raimondi

El grillo incomprendido

Como si se le hubiera hecho difícil soportar
la fama de su cotidiana capacidad musical,
el grillo que habita la case desde hace días
se niega a frotar la textura ondeada de un ala
contra el afilado borde de la otra en el ejercicio
que vaya a saber desde cuándo es conocido
como « canto », y se vuelve así algo temerario,
ya que por la semejanza de color, la inmovilidad
al encenderse la luz del baño, la falta de lentes
de quien se levanta en mitad de la noche
y la ausencia, como decía, de su sonido habitual,
se confunde con facilidad con una cucaracha.

 

Poesía civil, Vox 2001


Le grillon incompris

Comme s’il lui était devenu difficile d’assumer
la réputation de sa capacité musicale quotidienne,
le grillon qui habite la maison depuis plusieurs jours
se refuse à frotter la texture onduleuse de son aile
contre le bord effilé de l’autre dans cet exercice
qui allez savoir depuis quand est appelé
« chant », et il se montre en cela plutôt téméraire,
parce qu’avec la ressemblance de couleur, son immobilité
quand s’allume la lumière des toilettes, le manque de lunettes
de qui se lève au milieu de la nuit
et l’absence, comme je disais, du son qu’il émet d’ordinaire,
on peut facilement le prendre pour un cafard.

                            
Traduction : Rémy Jacqmin


Sergio Raimondi est né à Bahia Blanca en 1968, il a publié Poesia civil (VOX, 2001), traduit en allemand et édité en 2005 par WVB, Berlin. Il a traduit Catulle (Catulito, VOX, 1999) et a écrit sur Sarmiento, Alberti, Lamborghini et Olivia entre autres. Il est coordinateur du Museo del puerto de Ing.White et professeur de littérature contemporaine à l'Université Nationale del Sur ( la seule université de Patagonie).

Printemps des poètes

Travesias

Nació en 1968. Es integrante de los Poetas Mateistas. Publico algunos poemas en la revista Diario de Poesía y en la antología Poesía en la Fisura, y una traducción de fragmentos de Paterson de W.C. Williams en la revista whiskys, Poesía civil (Vox, 2001), que fue traducido al alemán y editado en 2005 por el sello WVB de Berlín. Ha traducido a Catulo (Catulito, Vox, 1999) y escrito sobre Sarmiento, Alberdi, Lamborghini, Oliva y otros.. Actualmente dirige el Museo del Puerto de Ingeniero White y es profesor de Literatura Contemporánea en la Universidad Nacional del Sur.

Lou Raoul

un jour tu es
et tu me dis que c'est ton nom
alors comme j'ouvre toutes les fenêtres à l'air nouveau
et au bel air
je touche tes yeux qui ne s'émiettent et je te donne, Else, ma vie

voici ma vie pour que t'y crois

vers les braises du village, Else, tu vas
où je connais tous les noms des vieux et jeunes suicidés
vers le village qui est en cendres, Else, tu vas
je ne sais pas ne me parle pas des décombres pourquoi...

Else avec else . Editions Isabelle Sauvage


Lou Raoul vit en Bretagne où elle est née en 1964. Elle a publié plusieurs recueils chez différents éditeurs : Roche Jagu / Roc’h Ugu (Encres vives, 2010), Les jours où Else et Else avec elle (éditions isabelle sauvage, 2011 et 2012), Sven (Gros Textes, 2011), Else comme absentée (éditions Henry, 2011) et Exsangue (pré # carré éditeur, 2012). Elle a également confié quelques textes à des revues (Verso, Décharge, N4728, Liqueur 44…).

"Son travail d’écriture, qui oscille entre prose et poésie, est fortement ancré dans le souvenir, entremêlant, dans une langue très singulière, les différentes strates de la mémoire qui façonne l’individu dans son présent. Elle tient un blog, mêlant textes et images". Isabelle Sauvage et Alain Rebours

Maison de la Poésie de Rennes 2013

 

Fabienne Raphoz

L’anhinga est un oiseau-serpent
L’anhinga déploie ses ailes au soleil comme le cormoran
L’anhinga est un esprit malin tupi
L’anhinga est un harponneur
L’Africain comme l’Américain est noir et blanc
Un liseré vermillon sépare l’Africain de l’Américain
L’Anhinga roux n’est pas si commun
L’Anhinga roux n’est pas qu’Oriental
L’Anhinga roux n’est pas qu’Africain
L’Anhinga roux a le ventre noir »


Jeux d’oiseaux dans un ciel vide,éditions Héros-Limite


Née en Haute-Savoie en 1961, Fabienne Raphoz a passé son enfance en Bretagne. Elle est libraire à Genève jusqu’en 1996, pendant qu’elle finit son cursus universitaire en littérature comparée (orienté sur le conte populaire). Elle publiera trois livres sur le sujet, un essai et deux anthologies. Elle a publié trois recueils de poésie, tous édités aux éditions Héros-Limite de Genève dont le dernier Jeux d’oiseaux dans un ciel vide (2011). Fabienne Raphoz est également co-responsable des éditions Corti.

Maison de la Poésie de Rennes 2013

Gwénaelle Rébillard



Gwenaëlle Rébillard, née en 1970, vit et travaille à Rennes.
Elle développe depuis le champ des arts plastiques une poésie personnelle où dessin, écriture, photographie, installation, lecture publique,  performance se  côtoient dans une même mouvement : celui d'explorer les possibilités d'un récit aux formes multiples.

Il en résulte une écriture à caractère intimiste qui trouve ses fondements dans une double préoccupation : Quoi du paysage s'inscrit dans moi ? Quoi de moi s'inscrit dans le paysage ?
   En 2007, elle crée les éditions L'Écart et l'Accord.
Un certain jour  route de sainte Foix, 2009
Le répertoire du caillou, 2008

Denis Rigal

Certains soirs de morte-eau
des cris viennent, des voix, exténués;

l'univers papote, un peu d'écume
jaunâtre aux commissures,
que le vent n'essuie plus.

Soudain, la mer est vieille.

Un jour ou l'autre,
la lune tombera dedans
et tout sera fini.

Estran, Editions Wigwam

 

médiathèque Plélan-Le-Grand


Denis Rigal est né en 1938 en Haute-Loire et vit en Bretagne où il a enseigné l'anglais à l'Université de Bretagne Occidentale. Il a publié plusieurs recueils de poèmes aux éditions Wigwam, Rougerie, Folle Avoine, HB, ou Gallimard ainsi que plusieurs traductions d'auteurs irlandais.

 

Nathalie Riou

vous lisant femme ferlée poème

 

 

comme un fou de bassan dans les eaux débâclées

la lyre entre les lignes

démembrée pour unir

lente déferlante

sous le bleu poissonneux de votre poème

Sur le site de Pierre Campion

 


Nathalie Riou, née en 1964, vit et travaille à Rennes.
 Elle a ailleurs soutenu une thèse sur l’obscur dans la poésie de René Char en 2008.
Brise, 2001, Encres Vives
Eclats de jusants, 2003,

Des articles sont parus dans le dernier numéro de Littéréalité (Vol. XX, Université York, Ontario, janv. 2009), dans la publication des actes d’un colloque sur les Représentations dans l’élémentaire dans l’œuvre de René Char (Cluj-Napoca, 2007)…
Elle poursuit aujourd’hui l’écriture de la poésie et cette recherche entre philosophie et poésie.

 

Dominique Robert

L'île


DOMINIQUE ROBERT

Dominique Robert est née en 1957,elle a grandi dans l’Outaouais. Détentrice d'un brevet d'enseignement, elle enseigne le français depuis 1991 à l’école secondaire Marie-Anne (Commission scolaire de Montréal), une école pour élèves qui éprouvent des difficultés scolaires. En 2000, elle s'est mérité le prix Jean-Bureau pour son mémoire de maîtrise en création au département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal, où elle continue ses recherches sous la direction de René Lapierre en vue de rédiger une thèse sur le poète et la figure de l’idiot. Depuis de nombreuses années, elle œuvre dans le milieu de l'édition, notamment comme réviseure et correctrice de textes, et plus récemment comme assistante éditrice aux Éditions Les Herbes rouges. Depuis 1990, elle a publié aux Herbes rouges deux recueils de nouvelles et quatre de poésie, dont le plus récent Leçons d'extérieur, paru en mai 2009. Boursière à quelques reprises du Conseil des arts et des lettres du Québec ou du Conseil des arts du Canada, elle fut finaliste au Prix de poésie Terrasses Saint-Sulpice de la revue Estuaire 2000 pour Caillou, calcul, livre qui lui valut le prix du restaurant l'Académie 2001. La parution de son premier roman, Chambre d’amis, est prévue aux Éditions Les Herbes rouges au printemps 2010

Jacques Roubaud

DE NOS OISEAUX

I
Nous sortions dans le jardin
Du toit sortaient les dindoulettes
On entendait chanter les gadilles
On entendant chanter les petits larderons
Et la passe-buse
et la nigrette


 


II
On entendant le chant de la nigrette
Quand nous sortions dans le jardin
Et le chant de la passe-buse
On entendait chanter les petits larderons
et les gadilles.


III
On entendait chanter les gadilles
Et la nigrette
Quand nous sortions dans le jardin
Et le chant de la passe-buse

IV
Chantait la passe-buse
Entre les gadilles
Quand nous sortions dans le jardin


V
Je me souviens du chant de la passe-buse
Dans le jardin


VI
Silence dans le jardin



dindoulette : hirondelle
gadille : rouge-gorge
larderon : petite mésange bleue
passe-buse : fauvette d’hiver
nigrette : merle


Jacques Roubaud, in États provisoires du Poème, IX, ″Détruire, construire, reconstruire, Cheyne Éditeur, 2009


"On sait que Jacques Roubaud, connu pour sa participation à la modernité "formaliste", se montre très soucieux de situer sa propre pratique, qu'il entend comme réaffirmation de l'exigence de poésie et d'autonomie de la poésie, dans un contexte, externe et interne, plutôt défavorable ou hostile, et de la situer par rapport à une tradition formelle dont il se veut à la fois l'historien, le théoricien et l'acteur. C'est ainsi qu'il s'est consacré à des travaux de «seconde rhétorique» sur la forme du sonnet français de Marot à Malherbe, et surtout à la remise en évidence de la lyrique provençale du XIIème siècle, de l'« art formel des troubadours», chez qui il voit la source vive de toute poésie qui reste à inventer, à « trouver ». Curieusement, s'agissant de ce réinvestissement nécessaire d'une partie de l'héritage, il se plaît à parler d'« archaïsme»:

On peut penser la poésie à travers les troubadours, leur exemple. La poésie la plus contemporaine, pour survivre, doit se défendre de l'effacement, de l'oubli, de la division, par le choix d'un archaïsme: «l'archaïsme du trobar est le mien»." Sorties, Jean-Marie Gleize


Jacques Roubaud est né en 1932. Poète, romancier, dramaturge et traducteur. Professeur de mathématiques à l’Université Paris X (en 1991). Premier membre coopté dans l’OuLiPo (le fameux atelier de la littérature expérimentale) en 1966, il a été également le cofondateur de l’ALAMO en 1981.

Bibliographie partielle

Rondeaux  Gallimard jeunesse (2009)
Roubaud : rencontre avec Jean-François Puff Argol (2008)
La forme d’une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains Gallimard (2006)
Tokyo infra-ordinaire Inventaire/Invention (2005)
Ma vie avec le docteur Lacan Cuisines de l’Immédiat
Editions de l’attente (2004)
Les animaux de personne Seghers (2004)
Les animaux de tout le monde Seghers (2004)

«Un poème bouge avec le temps»
[ Jacques Roubaud ] - Extrait de la revue Le Monde de l'éducation
Janvier 2001

Maison de la Poésie : Polyphonies 2010


Denis Heudré :

Jacques Roubaud à Rennes sans Pénélope Cruz

Jacques Roubaud est dans l’encyclopédie Wikipedia.
Jacques Roux et Jacques Baud aussi d'ailleurs, j'ai vérifié.
Jacques Roubaud y est lié à Raymond Queneau qui est lié au surréalisme qui est lié à Picasso qui est lié à l'Espagne qui est liée à Barcelone qui est liée à Pedro Almodovar qui est lié à Pénélope Cruz.

Jacques Roubaud est donc lié à Pénélope Cruz. C’est un fait que les journaux people ont ignoré. Les journaux peopeulipo eux, non. Mieux déformés sans doute.
Pénélope est un joli prénom né people, mais un joli prénom pas loupé pour l'Oulipo aussi. L’Oulipo des frères Jacques (le Jouet, le Roubaud) « les poètes tout-terrain » comme ils se qualifient eux-mêmes. Je les ai vus tous les deux (et pas Pénélope…) à la Maison Internationale de Rennes (la MIR qui pour l’occasion avait vraiment fait le maximum !). Duettistes des listes et des bestiaires, des dictionnaires et des contraintes. Ils s’en donnent à cœur-malice ces deux là. C’était l’autre jour, l’heure de l’ouverture des tiroirs à malice à la maison internationale du Quai Chateaubriand. (Je ne connais pas les noms des rues mortes de Rennes…). A côté de moi, une dame a été surprise de trouver la poésie « si sympa ».
J’ai revu Jacques Roubaud au Triangle, toujours à Rennes mais seul sans Jouet (mais avec joie). Le triangle, figure aimée du mathématicien. La pyramide, le tétraèdre, multiples de 3. Vous savez le nombre premier ! Forcément.
Poème-pyramide, voilà une nouvelle contrainte. La contrainte pour se forcer à écrire. L’Oulipo comme coup de pied au cul. La contrainte comme stimulation-émulation de la création. La contrainte « pour éviter la folie d’amour ». Cette contrainte que l’on serre plus ou moins, comme un cilice inoffensif et sans perversion. Ce que Roubaud appelle « l’Oulipo light » et « l’Oulipo hard ». Bref, chacun son parcours de troubadour.
Lui, Jacques Roubaud la Malice, le passionné des villes, des rues, des places et des stations de métro va planter ses mots sur la place du Champ de Mars. Oui, celui de Rennes ! Station de métro aussi. Oui celui de Rennes aussi ! Des poèmes écrits avec des clous. Au bon vouloir des passants qui passent leurs pas. Pour une fois, le poète regardera par terre et non dans les étoiles.

Et la littérature dans tout ça, demande une étudiante ? Réponse de l’oulipien : « La littérature ne fait que donner à lire et rien d’autre ». Pas mieux.
J’en suis sûr, si elle se crée un jour, Jacques Roubaud sera dans l’encyclopédie Oulipedia.
Pénélope Cruz, sans doute pas.

Rennes les 9 et 11 mars 2010

 

Laurine Rousselet

"Tout commença parce qu'en moi coexistait, impérialement et pas autrement, du non-sens à durer dans les choses, privées d'air, sans saut de l'ange. C'est l'adieu qui me transportait à chaque tentative de lecture, j'entends du vide en moi­même, le verre n'étant toujours qu'à moitié plein ... J'aboutis donc comme d'autres déserteurs du réel au silence, le vrai, tonitruant de fulminations, de contestations puisque enfin libérées, hurlant la (à) mort! Faire appel à l'ailleurs, à ce port d'ancrage qui n'existe pas, si ce n'est dans les brumes, reconnaissable les bons jours de cécité! à ce bout d'incréé, comme toucher à Toi, à l'amour, effleurer sans évoquer, sans jamais posséder."

L'été de la trente et unième. Editions L'Atelier des Brisants


Crisalida

Livre de résidence. Printemps 2011

Longue histoire, déjà, que celle de Laurine Rousselet et des éditions L'Inventaire ! Une histoire de confiance, bâtie au fil des années et des volumes.

Avec Mémoire de sel (2004), L'Inventaire découvre et fait découvrir une poésie exigeante et ardue. En 2011, dans Hasardismes, Laurine Rousselet s'attaque à un genre regrettablement oublié : les aphorismes. Rien de classique, toutefois, au-delà du genre lui-même, dans les aphorismes de cette jeune femme. Ils sont poésie pure et portent, dans le moindre mot, la moindre virgule, la marque d'un tempérament et d'une écriture sans concession.

Crisdlida est, aujourd'hui, une pause-respiration dans le travail de l'auteur. Juste le temps de jeter un regard en arrière pour revenir à la chrysalide de l'origine et mesurer le chemin parcouru, avant de poursuivre la route.

Comme dans chacun de ses ouvrages, Laurine Rousselet sème ici ses fulgurances, ses cris de passion et de douleur, ses doutes, son ardente mélancolie d'être.

Anne Coldefy-Faucard


Serge Kantorowicz
"Portrait de Laurine - L'été de la trente et unième"


"Là où Laurine profère, une prophétie s'élance, qui ne retombe jamais, sauf pour rebondir, ailleurs qu'en son point de chute, comme renversement ou abolition de telle ou telle statuaire, serait-elle poétique, peut-être même surtout lorsqu'elle est poétique de cette façon, sans un mouvement pour en dépasser des règles figées, ou la langueur de circonstance." Marcel Moreau

 


Laurine Rousselet (1974) s’est engagée à écrire depuis quelques années.
Si le poème est sa manière de mettre en bouche l’origine, la vie informelle
se retrouve aussi bien dans le récit, la nouvelle.

Bibliographie partielle
L’été de la trente et unième, récit, Éditions L’Atelier des Brisants, Mont de Marsan, 2007.
Au jardin de la chair cernée, livre d’artiste, illustrations de Thierry le Saëc, Éditions La Canopée, 2008.

poezibao

photo © Patrick Beauchamp

JOËL DES ROSIERS
 
l'enfant avait porté la blessure à ses lèvres
l'enfant avait porté la blessure à ses lèvres
on crut au miracle le père de ma mère cita Éloges
ah! les cayes plates, nos maisons la ville des Cayes
où je suis né blessé aux mains se trouve encore
sur le finistère au bout de la langue de terre
sur la presqu'île d'où vient le paradis
à l'extrême bout de la langue (Vétiver, 1999)
on crut au miracle le père de ma mère cita Éloges
ah! les cayes plates, nos maisons la ville des Cayes
où je suis né blessé aux mains se trouve encore
sur le finistère au bout de la langue de terre
sur la presqu'île d'où vient le paradis
à l'extrême bout de la langue (Vétiver, 1999)

Né aux Cayes (Haïti) le 26 octobre 1951, descendant d'un signataire de l'Acte d'indépendance, Joël Des Rosiers passe son adolescence au Canada quand sa famille gagne l'exil et partira faire des études à Strasbourg où il se lie à la mouvance situationniste au début des années 70.
Médecin, poète et essayiste, il parcourt le monde, en particulier un long voyage au Sahel, avant de publier aux éditions Triptyque divers recueils de poèmes dont Tribu, Savanes et un essai Théories Caraïbes
Sa poésie qui procède de mystères et de sacrifices est en même temps travaillée par d'extrêmes tensions qui se mêlent étrangement à une érudition apparemment clinique où la mélancolie de la chair s'offre à se commuer en deuil, en cérémonie religieuse et sensuelle.

Il reçoit en 1999 le Grand Prix du livre de Montréal pour Vétiver.

Depuis 1996, Joël Des Rosiers est vice-président de l'Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ) où il est membre du Conseil d'administration depuis 1993. Il a aussi été vice-président de la Société Littéraire de Laval de 1991 à 1995

L'île

Alain Roussel

"J'écoute la rumeur qui monte des choses. La pensée vide, j'entre en résonance. La parole peut jaillir d'une simple motte de terre ou d'un reflet dans la vitre. Ce ne seraient d'abord que des murmures épars, des chuchotements qui lentement se rassembleraient et finiraient par former un début de phrase encore balbutiante. Puis, de ruisseau, la petite voix deviendrait rivière et fleuve. Chargée d'alluvions, peut-être de pépites, la phrase prendrait de l'ampleur, se laisserait porter par le courant jusqu'à la haute mer. Dans les remous de la langue ainsi forgée, l'écriture du monde serait fragile et menacerait à chaque instant de se noyer, de sombrer dans l'abîme, mais chaque fois elle se redresserait avec la vague, s'élançant en biais dans la lumière vers un point de toute façon innommable, une ponctuation pour le silence. "

La voix de personne, Ed Lettres vives


La vie privée des mots

pleutil

Valérie Rouzeau

A Alvaro de Campos
Avec toute ma gratitude à l'ami Olivier Bourdelier qui m'anagramma mon nom oie rêve à l'azur

Maintenant je regarde les samares tomber des arbres en tourbillonnant
Tomber aussi joliment ce n'est pas donné à tout le monde
Chez Robert j'ai trouvé les samares mais pas de monstres
ni d'encombrants
Je me souviens de ce bouquet d'anémones
J'avais cru que le cœur de mon amant était dedans
La croix verte de la pharmacie clignote en plein jour
énormément
Robert n'est qu'un ami et mon amant m'oublie

Apothicaria, Editions Wigwam


VALERIE ROUZEAU
Quand je me deux

Quelque chose cloche ou boite à vide
Manque la neige l'élément heureux sans paternel sempiternel
La neige et puis ensuite le boueux l'avant printemps le presque bleu
L'empreinte fauvette de joie peut-être

La route du berceau à la tombe offre quelques méchants cailloux
Des blessants cailloux par milliers
Oui n'oublient nos petits souliers
De la poussette au tumulus du joli lange au cumulus
De la laine du mouton au marbre au dernier souffle évaporé
Nous ne savons pas ce que c'est.

Editions Le temps qu'il fait

Jacques Josse sur remue.net


Maison de la Poésie 2009


VALERIE ROUZEAU, ENJOLIVEUSE

Je, vous, nous sommes nombreux à attendre de chaque nouveau livre de Valérie qu'il embellisse nos vies. Si la beauté est dans l'oeil de celui qui regarde, dans la bouche de celui qui parle, cette parole et ce regard-là sont la grâce de Valérie.
Qu'elle se deuille, quand elle se deut sa conjugaison des douleurs est une caresse qui console ; compagnons secourables, "Pas revoir" et "Apothicaria", le livre de la perte du père et la romance de la mal-aimée.
Poète des peines lourdes, elle est aussi attentive au vivace léger du monde. Aurions-nous vu sans elle quatre pieds de carotte levés dans le trottoir, la bourrache levée d'un parpaing creux, la rose éclose dans la cour grise, qu'elle nous révèle au fil des strophes d'"Eden, deux, trois, émoi" ?
Les mots font merveille. Trouvailles, brillance, ça virevolte, voltige haut. On voudrait en vain faire la part de ce qui relève de la spontanéité fraîche de l'enfance et d'une science sure (cf "Mange-matin", son farfadet savamment espiègle). Virtuosité, mais l'effet n'est jamais forcé. La prouesse du poème : être à la fois inouï et évident - c'est à dire neuf absolument, en même temps qu'absolument naturel et facile.
A Valérie les inventions dans le rythme, le lexique, les images. A nous en partage l'émotion douce ou grave, la surprise joyeuse et l'offrande souriante d'une langue à l'envi revivifiée.
Olivier Bourdelier


"Valérie Rouzeau se fabule d’un texte comme de la vie aussi fabuleusement qu’il l’est nécessaire pour tordre au réel sa serpillière. Elle rosse comme personne tout ralentissement cardiaque. Coeur au pied de guerre dans l’écriture et jusque dans la vie. D’une famille de récupérateurs et ayant adopté dans sa généalogie familière : Robert Desnos, Lewis Carroll, Guillaume Apollinaire, Sylvia Plath, William Carlos Williams, et tant d’autres. Ses poèmes piquent autant dans le parlé qu’ils creusent la profondeur de l’écrit. Illimités dans leur expérience. Ou justement si, rivés à l’expérience de langue pour en transgresser l’usage le plus familier et  l’envelopper d’une disproportion fantastique : celle du poème. On peut la lire dans Pas revoir, on ne peut déjà plus la lire dans Va où. On peut aussi la lire dans Apothicaria, Kekszakallu, Récipient d’air. On peut l’entendre dans le CD « Valérie Rouzeau lit ses poètes » (Ed. du Temps qu’il fait). (On peut même écouter quelques chansons qu’elle a composées pour les derniers albums du groupe Indochine). "
Nolwenn Mesnard

* Née le 22 août 1967 à Cosne-sur-Loire (Nièvre)
* Titulaire d’une maîtrise de traduction littéraire
* Écrit, traduit des poèmes
* Lectures publiques, lectures radiophoniques
* Nombreuses rencontres poétiques et ateliers dans les établissements scolaires, notamment dans le cadre des opérations « L’Ami littéraire » et « Poètes dans la classe » de la Maison des Écrivains. A publié des poèmes et des articles dans diverses revues dont L’Insolent, Décharge, Travers, Poésie 98, Triages, Propos de Campagne, Plein Chant, La Polygraphe, Arcade (Québec), Petite, La Sape, Neige d’août, Duelle, Ecrit(s) du Nord, L’Atelier contemporain, La Quinzaine littéraire, Rehauts, Formes poétiques contemporaines, L’Alambic, Le Barbecue, Atelier (Italie) etc.
Assure la chronique radio du Matricule des Anges depuis septembre 2003, en alternance avec Christian Prigent pour la télévision.
Poésie
Le monde immodérément, avec Lambert Schlechter, Nuit Myrtide éditeur, 2004
Kékszakallu, Les Faunes éditeurs, 2004

Essai et varia
Sylvia Plath, un galop infatigable, Jean-Michel Place, 2003
L’Arsimplaucoulis, délice des Carpates, avec Éric Dussert, Fornax, 2003

Traductions
La Traversée in Arbres d’hiver, de Sylvia Plath, poésie/Gallimard, 1999, 2000
Électre sur le chemin des azalées, de Sylvia Plath, Unes, 1999
Le Printemps et le reste, de William Carlos Williams, Unes, 2000
Je voulais écrire un poème, de William Carlos Williams, Unes, 2000.

Maison de la Poésie 2008


Voici un petit commentaire après la lecture de Valérie Rouzeau. Mis aussi en ligne sur mon myspace
A bientôt
denis heudré


Quand je me deux de Valérie Rouzeau

Hier Valérie Rouzeau se deut du temps qu'il fait bien breton. Poète en lecture.
Ses mots bouillent se bousculent se bouturent à d'autres attachés. Bourimés ou pas ses mots nous bousculent. D'abord à l'écoute puis à la lecture,

Poète de la confusion le fondre ensemble les Port Nawak mêlés. Les mots en tourne-boule. Les gants-de-renard offerts en bouquet à une mécanicienne de Jarmush. La rose à Woody. "Les rues sales leurs noms propres". Même un numéro de téléphone. Les méli-mélo français anglais et mille autres kekchoses qu'on étudiera surement plus tard dans les lycées.
Poète de l'allusion. Les mots des autres comme alluvion. Encore mille références nourricières. (Mille et mille, cela fera deux mille, vraiment neuf.) Car quand Valérie Rouzeau se deut, elle pense autres. Les poètes, les lieux, autres tous ici rappelés. Giorno, Mallarmé, Dickinson, Queneau, Courtade, Demarcq, Hugo, Bourdelier, Dubost, Lahu...Sans doute Sylvia Plath aussi. Et les anonymes pourtant nommés. Les amis, les frères, Fallou et la grand-mère (Rouzeau un peu brin de Zang donc...).

Alluconfusions, poésie des mélanges, poésie lieu du douloir certes mais poésie lien à lire absolument.

 

Quand je me deux
Editions Le temps qu'il fait