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Rochefort-sur-Loire 2008

James Sacré


J'ai pensé à des petits poèmes trapus, les vers tous de la même longueur. Une rime comme de la couleur. Maison qu'on a crue solide au fond du cœur. Plein de travaux pour vivre ont fait qu'on l'a transformée défaite c'est vrai qu'elle n'est plus qu'un long souvenir à l'estuaire du temps. Comme un liquide qui a coulé. Qui dessine sa perte.

Sans doute qu'un titre est dans le poème. Ed Wigwam


Né le 17 mai 1939. Enfance et adolescence à la ferme des parents en Vendée. Instituteur, puis instituteur itinérant agricole. Vit aux Etats-Unis à partir de 1965.
Thèse sur la poésie de la fin du XVIè siècle français. Enseignant dans une université américaine du Massachusetts (Smith College). Nombreux séjours en France et voyages en Europe (l'Italie surtout) et au Maroc. Des livres de poèmes au Seuil, chez Gallimard et aux éditions André Dimanche, ainsi que chez de nombreux "petits éditeurs".
Vit à nouveau en France, à Montpellier, depuis 2001. Printemps des Poètes

James Sacré au programme du centre culturel international de Cerisy en septembre 2010: James Sacré ou les gestes de la langue


Eric Sautou

« serre les pans de son manteau le malheur est vieux est ridicule
je vois les vitrines d’hiver je marche
et bien je suis fatiguée l’eau est noire enfermée et rien d’autre
j’aime voir leurs visages ils ne me voient pas
et je reste là les deux mains ensemble
quelque chose redevient
j’ai des reflets des pensées penser c’est difficile »

La Tamarissière, Flammarion, 2006


Rendre la fragilité intense. Dire au plus bas son monde périlleux. Ce qui tient la surface. Paresse ou marche, retrait qui puise du détachement ce qui nous en reprend: être à l’espace et au temps. C’est ce possible que recueillent les poèmes étonnants d’Eric Sautou : « je me promène à voir », « je m’éteins à doucement », « j’ouvre à la chambre ». Une chambre, la mer, le sable, un chapeau, quelques éléments simples suffisent, en variations qui captivent, à renverser l’épuisement du réel.
Nolwenn Mesnard

Eric Sautou est né le 22 septembre 1962. Il a collaboré à diverses revues et est l’auteur d’une demi-douzaine de livres parus notamment chez Tarabuste,au Dé bleu (l’Idée bleue) et chez Flammarion, ( Poezibao )


Eugène Savitzkaya

Comment vais-je mourir demain, par miracle,
aussi brusquement qu’apparu, dans un demi-souffle,
en puanteur commune, avec les roses sur le ventre
et délivré par une fée, né et mort
au même instant, dans l’articulation
de la phrase ?

Cochon farci, éditions de Minuit

 Eugène Savitzkaya © Ville de Boulogne-sur-Mer


Né à Liège de parents immigrés, Eugène Savitzkaya na eu de cesse de rechercher dans sa vie comme dans son écriture les chemins de la liberté.
Il publie ses premiers poèmes en 1972 après avoir remporté le prix   « Jeunes Poètes » de Liège, puis à l’Atelier de l’Agneau, éditions animées par Robert Varlez et Jacques Izoard.
À partir de 1975, il décide de vivre de son travail d’écrivain. Il écrit des récits, des poèmes et des essais sur la peinture. Une partie importante de ses livres, depuis Mentir en 1977, a paru sous la couverture des éditions de Minuit.
Il a été pensionnaire de la Villa Médicis à Rome. Il a reçu en Belgique en 1994 le Grand Prix triennal du roman pour Marin mon cœur. Il a été lauréat du Prix des découvreurs en 2004.
« Poète plus que romancier, il porte une observation minutieuse sur le monde, les animaux, les plantes , la désagrégation du vivant . En pure folie » Thierry Guichard  - Le matricule des anges

poezibao

Lambert Schlechter

"...dans le murmure du monde presque rien n'est audible, mais c'est un murmure tellement pluriel, que ça fait vacarme assourdissant, on deviendrait aussitôt sourd si on écoutait vraiment, mais on n'écoute pas, on n'est presque jamais en mesure d'écouter, parmi toutes les rumeurs de ce murmure il y a aussi la circulation des mots, dans des centaines de langues,j'en comprend plus ou moins bien quatre ou cinq, et c'est déjà trop..."

Le murmure du monde, Castor Astral 2006



Lambert Schlechter est né en 1941 à Luxembourg. Il fit des études de philosophie et de lettres à Nancy et à Paris, puis enseigna la philosophie au Lycée Classique Echternach.
De 1975 à 1980, il fut vice président de la section luxembourgeoise d’Amnesty International.
Depuis 1987, il est vice président du LSV (Association des écrivains luxembourgeois), représentant luxembourgeois au Service international des droits de l’homme à Genève, membre de la SELF (Société des écrivains luxembourgeois de langue française), président du CNLI (Conseil national du livre).

Photo John Strandberg

Ingela Strandberg

"Je vois mon père devant moi : La casquette ornée des ailes brillantes de l'insigne des chemins de fer, la fatigue dans le regard.

Je vois le dynamisme, la fierté dans les gestes de ma mère.

Un jour, l'inégalité fera exploser le monde.

Je serais alors devenue rosée depuis longtemps"

La voix secrète de la rosée (extrait):Ce texte, écrit à l’occasion d’une journée consacrée à Eyvind Johnson et la littérature prolétarienne suédoise, a été lu par l'auteure au Centre Culturel Suédois à Paris le 14 octobre 2000


Ingela Strandberg est née en 1944 à Grimeton, dans le sud de la Suède.
Après une carrière de journaliste, elle publie son premier roman, La Gamine (Flickbarnen, Settern, 1974) qui a été suivi de recueils de poèmes et de nouvelles, de romans et de livres pour la jeunesse (24 parutions à ce jour). Son roman, Pelage de velours et pattes d’acier (Blank päls och starka tassar, Norstedts, 1995) a été adapté à la télévision suédoise.
Parallèlement à ses activités littéraires, elle est auteur, compositeur, interprète, et se produit dans différentes manifestations culturelles. Ses poèmes ont déjà été traduits en Angleterre, dans les pays scandinaves (Norvège, Danemark et Finlande) ainsi qu’en Islande (Iles Féroé).

Maison de la Poésie de Nantes

le site d'Ingela Strandberg

Lucien Suel

"les saules têtard montent la garde à
la frontière ouest du jardin la belle
saison va leur rendre camouflage
de verdure argentée ils n'ont pas
une forme naturelle c'est l'homme
qui les forme l'homme qui leur donne
l'homme qui leur donne une tête
une grosse tête pleine de bosses
dans la terre ils n'étaient d'abord
qu'une simple brindille une branche
flexible un scion taillé chaque année"
Visions d'un jardin ordinaire, Marais du Livre
Lucien Suel, poète ordinaire, né en 1948 à Guarbecque (Pas-de-Calais). Il a publié la revue "The Starscrewer", consacrée à la poésie "beat", puis "La Moue de Veau", magazine "Dada-punk", il a pratiqué l'art postal (mail art) à l'échelle planétaire. Il anime la Station Underground d'Emerveillement Littéraire (S.U.E.L.), maison d’édition qui lui permet de publier ses propres textes ainsi que ceux d'autres poètes.
Publications récentes : Coupe Carotte, éd. Derrière la Salle de Bains, Rouen, 2002 - Une simple formalité (avec Sylvie Granotier), éd. du Marais du Livre, Haebrouck, 2001 - Les coups, éd. de l'Attente, coll. Week-end, Bordeaux, 2001 - L'envers du confort, Voix éditions, coll. Vents contraires, Montigny-lès-Metz, 2001 - ''Visions d'un jardin ordinaire (poèmes et photographies)'' (avec Josiane Suel), éd. du Marais du Livre, Haebrouck, 2000 - Têtes de porc, moues de veaux (avec des photos de Patrick Roy), ed. Pierre Mainard, Bordeaux, 1999 - Sous-bois standard (les idiots), ed.de l'Attente, coll. Week-end, Bordeaux, 1999. (Marelle)

Les blogs de Lucien Suel

Lucien Suel's Desk

Silo

A noir E blanc

Photoromans

 


Habib Tengour

"La première rue à la sortie du canal de l'Ourq menait à Alamout, un quartier en démolition... Ce qui attira mon attention sur l'immeuble ? Fixité d'une blessure.
Une seule fenêtre n'était pas murée, avec un rideau étrange - écailles polychromes brillantes - dévoilant une pièce vaste.
La rue était un chantier difficile d'accès et je m'étonnais qu'elle fût habitée. Je venais tous les jours épier je ne sais quoi car j'étais avec une peine vive à t'espérer pleinement. Mais jamais personne ni rien ne se présenta. Sans doute mon attente serrée de violence immobilisait-elle l'air en parallèles. Réticence d'une atmosphère traquée. Il n'y avait que des terrassiers maghrébins qui quittaient le chantier à cinq heures du soir laissant une tristesse à la rue qui les premiers temps me donnait une légère nausée - l'invité qui pénètre la chambre d'hôtel de travailleurs immigrés ressent bien ce haut-le-coeur qu'il masque gauchement à ses hôtes. Puis, j'en vins à aimer cet instant sans en pénétrer les raisons. C'était comme un écoulement de l'être dont la douceur me paralysait. La nuit me surprenait épaté dans l'immense branle-bas de ferraille et de terre humide.

Longtemps, je n'ai pas compris le trajet. Sur quelque prétexte, je m'éclipsais et les pieds dans l'eau, je voya­geais l'espace d'une cachette. J'avais toujours un livre à la main que je ne lisais jamais."

Le vieux de la montagne, Ed. La Différence, 2008

Photo Acte Sud


Habib Tengour est né à Mostaganem en 1947. Poète, écrivain, anthropologue, il a constamment vécu entre la France et l’Algérie. Il a publié des textes en prose ainsi que des textes poétiques.(Poezibao)

Magali Thuillier et Louis Dubost
Marché de la Poésie Rochefort-sur-Loire, 2006

Magali Thuillier

« horizontaux verticaux carrés comme
quadrillés terre habillée radis navets
habits d’été automne hiver d’hier à
aujourd’hui toujours en vie toujours
qui tourne sans que qui quoi même
quand nous morts »
                    Des rêves au fond des fleurs, L’idée Bleue, 2006

Magali Thuillier, auteur en résidence à Beauséjour,Maison de la Poésie, Rennes


Magali Thuillier est née en 1972 à Déville-Lès-Rouen (76). Elle vit depuis plusieurs années en Loire-Atlantique. Poète, elle a publié « Tu t’en vas » (L’Idée bleue, 2004), « L’attendu », (Le Chat qui tousse, 2005), Des rêves au fond des fleurs (L’Idée bleue, 2006), « Ta main autant que » (Contre-allée, 2008) et « Potager d’amour » (La Yaourtière, 2008). Elle dirige également l’association « 3 petits points de suspension » dont l’objet est de faire connaître la littérature contemporaine en développant des projets autour de la lecture et de l’écriture et en organisant chaque année à Châteaubriant un festival de poésie.

« Auteur du très remarqué « Tu t’en vas », (L’Idée bleue) dans lequel elle s’adresse de façon directe et simple à sa grand-mère atteinte de la maladie d’Alzheimer en  mettant en parallèle deux époques, celle où tout allait bien et celle marquée par la dégénérescence, Magali Thuillier s’arrête souvent dans ses poèmes sur des faits  précis et inéluctables où il y a peu de place pour le rêve. Si la réalité l’emporte ainsi et presque toujours, c’est simplement  parce que ces séquences de vie qu’elle déroule en proses brèves (l’enfant à venir dans « L’attendu » ou le quotidien d’une mère de famille dans « Des rêves au fond des fleurs ») visent juste et vont, jusque dans leur constat fragile et leur manière de chahuter la syntaxe,  à l’essentiel.   Elle se place quotidiennement au milieu des autres, du côté de la vie (ni rose, ni bleue, ni noire), cherchant et réussissant à créer des passerelles (avec l’inconnu, le curieux, le  lecteur, l’auditeur, les plasticiens qui l’accompagnent) pour qu’à la solitude se substituent l’échange et le partage. 

    Jacques Josse

Jean-Loup Trassard

Jean-Loup Trassard est né le 11 août 1933 à Saint-Hilaire-du-Maine, en Mayenne, dans la maison familiale où il demeure encore. Durant son enfance et son adolescence ponctuées par les travaux agricoles, il parcourt les espaces agricoles et s'imprègne d'une certaine idée de la ruralité. Ces impressions et connaissances, ce vécu, viendront nourrir son œuvre littéraire et photographique,  comme il le dit lui-même : « lorsque j'ai commencé à écrire j'ai su quel enrichissement cette pratique m'avait apporté ».
Publié par Jean Paulhan dans la N.R.F. en 1960, Jean-Loup Trassard entre quelques années plus tard dans le cercle des auteurs gravitant autour de Georges Lambrichs, que ce soit dans le cadre de la collection Le Chemin chez Gallimard, ou encore de la revue Les Cahiers du Chemin puis la N.R.F., auxquelles il participe régulièrement.
Parallèlement, Jean-Loup Trassard voyage, photographie. Et expose. A partir de la publication du recueil de photographies « Images de la terre russe » aux éditions Le Temps qu'il fait, en 1990, la photographie, associée au texte, va occuper une place croissante dans son œuvre. Aujourd'hui, les deux visages de Jean-Loup Trassard sont régulièrement associés dans la vie culturelle française, comme en témoigne l'année Jean-Loup Trassard célébrée en Mayenne en 2010. Son œuvre porte un regard poétique, parfois aussi ethnologique, sur les espaces ruraux et les hommes qui les arpentent.

BIBLIOGRAPHIE

 Texte et photographies

            Eschyle en Mayenne, Le temps qu'il fait, 2010
            Sanzaki, Le temps qu'il fait, 2008
            Conversation avec le taupier, Le temps qu'il fait, 2007
            Nuisibles,, Le temps qu'il fait, 2005

            Roman
            Dormance, roman, Gallimard, 2000

Site de Jean-Loup Trassard