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avril, mai, juin 2007

 

"L'absence, le dévoiement du désir, le manque et l'inquiétude qui flétrirent mon enfance, firent de moi un individu n'éprouvant aucune envie mais un lâche état d'âme sans prise sur le déroulement des jours. Ne me rapportant au monde que par retrait - et c'est une habitude qu'innervant la présence à l'instant de sa déréliction, l'écriture outrerait d'une parole gauchie, sinistrée plutôt -, ne l'appréhendant qu'effondré, larvaire ou transfiguré d'images conçues afin d'arracher à son oubli une mémoire démembrée, je connaissais par cœur le système des failles, diaclases, dérives et éruptions de l'écorce des choses qu'une sagacité analogique m'encourageait à transcrire en termes d'humanité. Mon frère était mort. "

LIONEL BOURG
Une curieuse hébétude
Editions La Dragonne


Lionel Bourg-Jacques Josse


« Lionel Bourg poursuit depuis des années une quête autobiographique où rien n'est laissé au hasard. Sa démarche - quelque soit l'approche choisie (cela va de la prose aux poèmes en passant par les journaux, les récits, les carnets ou les essais) ignore le pathos et le non-dit pour tenter de mieux cerner, percevoir et comprendre la multiplici­té des liens qui le relient aux autres, au collectif, à l'époque, au tissu social environnant.
Cette recherche fascinante et tourmentée, il la mène avec hargne, précision et générosité. Le suivre dans ses textes aux phrases amples et sinueuses, dans ces contrées où il convient d'avoir du souffle et un cœur qui bat fort, arpenter avec lui les méandres d'une mémoire à vif et en saisir les épisodes les plus incisifs, c'est s'offrir, à coup sûr, un voyage hors normes, une traversée dans les creux de l'âme humaine en compagnie de l'un des écrivains les plus attachants de l'époque. »

Jacques Josse



Lionel Bourg Rencontre une classe de 3ème de la Cité Scolaire FR de Chateaubriand de Combourg


"Or ces claudications, clopin-clopant ces dérobades ou cette volonté joueuse d'expérimenter en porte-à-faux l'assise on ne peut plus équivoque du langage, que signifient-ils réellement? L'enfance n'est pas une maladie. C'est un rapport au monde. Du temps vacant. De la durée plénière. Les rochers y poussent comme les plantes. La lune y suit chacun dans ses déplacements. Les oiseaux s'y baignent et le ciel, où ils planent inclinés sur une aile, c'est peut-être un lac, une grosse flaque boueuse infestée de méduses qui brillent quand il fait noir, une assemblée de monstres filandreux, des poulpes arachnéens dérivant à la surface du verre dépoli par quoi la lumière s'atténue, l'automne, du plomb et des nuages. L'enfant ne décide pas. Il comprend. "

Lionel Bourg. Montagne Noire

 




Carte Blanche à Lionel Bourg


Lionel Bourg: «C'est le matin, n'empêche. Je veux que ce soit le matin et quelque chose, quelque chose d'inquiet, tout d'émotion acceptée cependant, se noue dans la poitrine. Quelque chose de doux. Quelque chose d'indécis, qui n'est ni cette main que l'on sent se crisper au réveil ni cette étoile de mer un peu poisseuse, ce poulpe un peu sale, gluant, dont les spasmes accompagnent les battements du cœur lorsque l'on boit au comptoir du premier bistro ouvert un énième café. Quelque chose de furtif, qui vient, caresse, hésite. Et c'est désir alors. Ou volonté subitement légère de dire non. Non aux blagues salaces du type accoudé à côté, non à la stupidité des heures, à cette tasse ébréchée, cette pendule contre le mur, qui compte, compte, compte ... »
Air du temps, Le passant ordinaire 40/41,2002




Alain Roussel: «Langage banni, désossé, impropre à dire la vie, avec lequel je parle dans la distance et la brûlure, à crier mon désarroi, à semer des mots dans l'errance peut-être pour retrouver plus tard mon chemin vers la source, peut-être pour me perdre définitivement dans le reflet, tous ces signes aux abords du monde qui donnent l'alerte mais que nul ne peur comprendre sans avoir d'abord été livré à la fureur iconoclaste qui règne au coeur des alphabets, la réalité détruite et reconstruite ailleurs avec des gestes de magicien qui continuent de mélanger les ombres, cherchant à réunir des contours pour reconstituer un visage dans cette foule anonyme, là-bas dans la vie absurde où chaque être, chaque chose portent un nom qui n'est pas le sien.»
L'Oeil du double, Lettres vives, 2001



« Un jour les pierres l’arbre en nous a parlé »
François Cheng, A l’Orient de tout, Poésie Gallimard, 2005




 

Quand le poète donne sa voix, le poème respire, sort du corps, fait des frottements, des crissements dans les langues, il circule physiquement. Chaque phonème, chaque sensation, chaque image sont chances nouvelles, d’ouvrir  notre vision du monde a une possibilité de plus  d’élargir, d’agrandir le champ de l’audible, du pensable, du visible, du vivable.

Pour notre troisième édition des bruits du monde, les poètes Joseph Guglielmi, Petr Kral, Elke de Rijcke, Lambert Schlechter, Hisahi Okuyama, , du Japon au Luxembourg , de Bruxelles à Paris en passant par Prague, viennent re- inventer l’ échange, la relation, le lien possible entre l’auteur et le lecteur.

Ainsi , dans la maison de la poésie de Rennes tous les bruits du mot pour: « souligner le considérable geste d'écriture qui parcourt le monde, le monde entier, dans sa diversité, ses oppositions, par les dizaines, les centaines, les milliers de langues concernées - pour une reconnaissance dans la réalité du poème, de la diversité, de l'existence de l'Autre - dans son corps, dans sa voix, dans ce qui naît de son écriture… » ( Henri Deluy - Propos recueillis par Fabrice Lanfranchi -Le monde)