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avril, mai, juin 2008

"Je suis rentré sans hâte.
Longeant le canal, sa lame d'étroit silence mal engagée, mal plantée dans un décor où des bâtisses en ruine exhibent leurs viscères sous de magnifiques glycines, j'attendis que la nuit fût complète avant de pousser la porte du jardin.
L'herbe crissait sous la semelle.
Le ciel s'égouttait lentement, comme si l'on eût mis à sécher sur la ville une serpillière humide encore d'avoir été plongée dans un grand seau d'étoiles.
J'ai gravi les escaliers de la maison.
Préparé du café tout en grignotant une croûte de pain debout dans la cuisine.
Bu une tasse du breuvage.
:Écouté quelques blues - un titre de Larry Davis,. deux ou trois interprétés par Carrey et Lurrie Bell, le père, le fiston haletant comme l'enfer sur les rails d'une six cordes et d'un harmonica -, griffonné, raturé, griffonné à nouveau le même début de phrase."

Le Chemin des écluses
suivi de Gueules de fort
  




Le Chemin des écluses
suivi de Gueules de fort

"L'art s'inscrit toujours en excès.
Excès de sens, d'effroi comme de quiétude, excès de givre, de neige et de lucidité.
Les toiles d'Elice Meng, rageuses, apaisantes n'empêche, travaillées à vifs coups de couteau dont la lame gratte, coupe, tranche, incise ou souligne au gré des visages une bouche, un rictus, une paupière, ces toiles noires, dont les traits se détachent sur l'ocre jaune d'une couche elle-même éraflée, scarifiée, rendent ainsi justice à ces personnages longtemps exclus de la mémoire commune.
Elles les montrent."




Lionel Bourg, lors de sa résidence en 2007 à la Maison de la Poésie

"...voyez, je ne suis rien, je ne suis rien, pas même ce dénouement, ni ce bonheur étrange, cette peine dont je ne me déleste pas ni cette plage où je prélève un os de seiche et des débris de coquillages tandis que les élèves d'un collège à qui j'ai longuement parlé, ce matin, dessinent les rochers et les ourlets d'écume ou les vagues qui meurent pour naître et mourir sans trêve sur la lèvre tremblante de l'anse Du Guesclin. "

Le Chemin des écluses
suivi de Gueules de fort


En résidence de printemps: Valérie Rouzeau

« Je me redeux
   M’aperçois passante et m’arrête dans la vitrine d’une
          pharmacie ancienne avenue des Batognolles
J’ai mis mon cœur aux encombrants dessous un bouquet
          d’anémones
Mais je n’ai pas jeté ma vie »
Valérie Rouzeau, Apothicaria, Wigwam, 2007





Carte Blanche à Valérie Rouzeau : Jacques Demarcq

 

Jacques Demarcq
Les zoziaux

le rouge-gorge

hic tic tic, tsiiih, tsirlip
tsit, tsirrilitsit
( dixit)
si suis cide
en tic pas tic
et patate cuite
(sic)

j'y pige que couic, oui
lyricuicuite encore l'irrite
(sec)
si j'loustique mon esthictic
blanc, olive, brique
ou si tricote éclictic
de l'artistic élastique
hélas
elle tique critique
acide ... oh si
je m'interrouge et me soulcie
comment ça s'ixplique
(sex)
me gourre de rôle, sans goutte
cours-je rose, reste une gourde
voilà le hic
alors : me gorge de rouge
(hic)
qu'sang, nez, patte &
tic! tic! tic! tic! tic! tic! tic! tic! tic!
(tic)

«  C’est janvier, le chat le dit dans la rue en cris d’amour, c’est janvier mes princesses, c’est étirement de la voie lactée, répond le fou trop poli à son balcon de pierre, c’est dit comme un murmure, au Bosphore la mer ploie sur son fond convexe, ça va craquer car la mer noire bouillonne : la fileuse a rejoint le bouvier en traversant à la nage le fleuve de lait. Le chat d’Agimont, dit Janvier, passe benoîtement sous le balcon du fou, du fou trop poli, en suivant les dessins du bitume. Y lisez vous les écritures muettes ? »

Eugène Savitzkaya, Le fou trop poli p.39-  2005- Éditions de Minuit