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avril, mai, juin 2011




« Quand un enfant dessine un soleil, il fait un rond et de là les rayons. Or dans les pages de Sabine Macher, on dirait que les rayons partent de l’extérieur pour aller vers un centre, on est un peu perdu, il va falloir danser. Le centre c’est la Maison de la poésie, et les rayons qui s’entrecroisent :
       … Le coq-à-l’âne des animaux qui visitent la villa : déportation de fourmis grimpées dans le train, sauvetage d’un lézard, enterrement d’oisillons tombés du nid.
La plasticité des mots : plus de séjour à beaubébour, difficile d’attacher le sac sur le vélo avec un détendeur
La confusion des mots et des choses : « il met longtemps à fermer la fenêtre parce qu’elle écrit la phrase, maintenant elle met longtemps à l’ouvrir parce qu’il écrit la phrase. »
La confusion des personnes : qui dit elle qui dit je qui dit il dans « elle enlève deux affiches en face de mon lit qui n’est pas son lit », « ni il dort ni elle est réveillée » ?...
 
Qui vit dans la maison de la poésie, qui dont on voit depuis des années la main et le regard en souci d’écrire ? Le résident de passage n’a rien, pas même un lit et il mange à tous les râteliers, il, elle, on, je... tandis que le poète de passage est un pléonasme, il vit en résidence absolue : comme l’araignée qui « ne sortira jamais de cette maison », « il habite ici pour toujours », et tisse, tisse cela qui ne se possède pas, qui ne se dit pas simplement, qui court, court... Sabine Macher, bavardant avec son voisin d’Allemagne, Hölderlin, qui lui demande comment habiter en poète : lieber Freund, entrons, d’ici là, dans la maison dont les rayons éclairent notre passage absolu.

 Elle est passée par ici, il repassera par là, promet la chanson, mais, en lisant ses derniers mots, quel visage, dis l’ami, quel visage pourrions-nous retenir de celle qui se confond avec les allées du temps ? »

Nathalie Riou




En quelques années, les éditions Dernier Télégramme ont su se doter d'un catalogue à la fois riche et diversifié. Formes et voix contemporaines s'y retrouvent pour ouvrir des espaces où la langue et le langage se placent d'emblée au centre du poème. De là montent des signaux forts, conçus, écrits, travaillés, dits par des auteurs qui, pour la plupart, aiment faire sortir leurs textes du livre en les lisant  à haute voix  ou en participant à des performances vocales. Les échanges souhaités par Fabrice Caravaca, l'éditeur, prennent dès lors toute leur ampleur en permettant au lecteur/auditeur de se laisser traverser par ces voix multiples et souvent complices (celles de Edith Azam, de Charles Pennequin, de Lucien Suel, de Fred Griot, de Jacques Sivan et de bien d'autres) qui savent toujours jouer sur la sonorité  et sur le sens des mots.

Fabrice Caravaca qui dirige Dernier Télégramme est né en 1977 en Dordogne. Il vit aujourd'hui à Limoges. Il est également poète, auteur récemment de La vie, éditions Les Fondeurs de briques.

Manuel Daull, né en 1966, vit et travaille à Besançon. Il est libraire aux « Sandales d'Empédocle ». Il a publié au Dernier Télégramme Nos besoins d'attachement sont aussi ceux de rupture (2007) et L(o)una (2009). Son dernier livre, Les oiseaux, peut-être est sorti aux éditions Cambourakis.

Christophe Manon est né en 1971 à Bordeaux. Il a publié au Dernier Télégramme L'éternité (2006), Victoire sur les ténèbres (2008) et Qui vive (2010). Il est présent dans Le Jardin ouvrier d'Ivar Ch'vavar et camarades publié chez Flammarion en 2008 et est également l'auteur d'Univerciel  (éditions Nous, 2009).


Du 9 mai au 30 juin, Laurine Rousselet habitera de ses mots et de sa présence, la Villa Beauséjour pour la douzième résidence d’auteur.
Accueillie par l’équipe de la Maison de la Poésie, elle ira à la rencontre de groupes scolaires ou sociaux, ainsi que de publics divers et commencera l’écriture d’un texte de commande, qui sera publié en 2012.
Plusieurs rencontres publiques sont organisées durant sa résidence.




« « Un ange » J’aurais préféré tomber dans un autre corps… mais ce tu perds de toi à travers ces battements d’ailes, j’en parcours la distance et referme sur ton désir l’épaisseur d’un silence…
Tenace illusion que cet écart entre le proche et le lointain, allié au désir de l’autre. Fantasme d’étreindre qui dans le dénuement de l’esprit, affronte ce qu’il ne peut vivre que comme un évènement déchirant sa propre vie. Et pourtant écrire, partir, sortir de soi, devenir ce que l’on est : dans l’immédiat. Voilà peut-être la nécessité utile de Laurine Rousselet lorsqu’elle vit ce choix radical d’être langue « pendue » à la poésie.
Chaque ligne est un trait de flamme dans le tison du plaisir ou de la douleur des mots qui naissent du fond de l’être, remontant par amour de l’entaille. Le double du Double, ce qui fait croire au cercle dans la phrase, nous vide et nous vertige. Lecteurs, nous tombons dans la fulgurance de l’abîme et de l’évidence du monde. Se perdent ainsi les frontières du sens et du non-sens. Laurine Rousselet nous ramène à chaque fois sur l’irréconciliable «  Sauve moi, j’oublierais qui je suis »
Que le lecteur ne laisse pas tromper par cette écriture, il s’agit d’entrer dans le limpide des mots par la perte de soi, le désir des contraires. De tenir une pensée au moment même où tout perd l’équilibre - ce qui fait équilibre au monde - face au tourment et à la merveille d’aimer la vie. Rester debout dans les eaux tourmentées de la langue : le tumulte est ce qui sauve.
Elle dit :
« Le sens échappe en vrac. Il forme des reflets vacillants quand il fantasme librement sur le risque pris du plaisir à mordre (toute une vie de papier) pendant pareille lecture… Il est l’outil du travail à déconstruire. Et à force de courir à la lisière, il n’a plus aucune limite… »
Ce dont parle Laurine Rousselet dans son écriture est du mouvement de la rencontre, des possibles et des impossibles du geste d’aller vers l’autre. Elle ne dit pas. Elle est tentative de ne pas s’enfuir, d’être le lieu, peut-être où habite la poésie. »

Erwann Rougé


Magali Thuillier "3 petits points de suspension"




Autour de Laurine Rousselet et de ses invités, Hélène Bass, (violoncelliste), Anne-Sophie Gilbert (plasticienne) et Fàtima Rodriguez (poète galicienne).
Un moment de complicité artistique à partager.





...Joyeux nous partons après avoir amoureusement généré la douleur de ces corps oubliés
pauvre miracle
d'un dieu
ou d'une déesse sotte

qui aurait transformé
les larmes de l'adieu
en eaux lustrales.

(Place des Trois-Cultures)